Vaillant-Couturier Marie-Claude

Publié le par Roger Cousin

Marie-Claude Vaillant-Couturier, née Marie-Claude Vogel, est une résistante et une femme politique française, née le 3 novembre 1912 à Paris et décédée le 11 décembre 1996 à Paris. 

Vaillant-Couturier Marie-ClaudeVaillant-Couturier Marie-Claude

Elle fut l'épouse de Paul Vaillant-Couturier puis de Pierre Villon. Marie-Claude Vaillant-Couturier naît le 3 novembre 1912 à Paris : son père, Lucien Vogel, éditeur, crée le magazine Vu en 1928 ; sa mère, Cosette de Brunhoff, sœur du créateur de Babar, est chroniqueuse de mode. Son grand-père Hermann Vogel était dessinateur et illustrateur. Marie-Claude Vaillant-Couturier choisit d'être reporter-photographe, à une époque où ce métier était masculin, ce qui lui vaut le surnom de "la dame au Rolleiflex". Elle adhère en 1934 à la Jeunesse communiste et participe à la fondation, en 1936, l’Union des jeunes filles de France. En septembre 1937, quelques semaines avant sa mort subite, elle épouse Paul Vaillant-Couturier, fondateur de l'Association républicaine des anciens combattants, député communiste et rédacteur en chef de L'Humanité dont elle est la compagne depuis 1934. Elle entre en 1938 sur recommandation du Bureau Politique au service photo de l'Humanité; elle en prend ensuite la responsabilité, et côtoie alors Gabriel Péri et Georges Cogniot.

Attachée à l'équipe de "Vu", photographe, mais aussi germaniste, elle est désignée pour participer, avec d'autres, à une enquête en Allemagne sur la montée du national-socialisme. C'est lors de ce voyage en 1933, deux mois après l’accession d’Hitler au pouvoir, qu'elle réalise clandestinement les clichés des camps d'Oranienburg et de Dachau, publiés à son retour en France. Elle effectue également pour Regards quelques reportages, notamment sur les Brigades internationales. L'interdiction de l'Humanité, en septembre 1939, la contraint à changer d’activités. Elle s’engage dans la Résistance et participe à des publications clandestines : tracts, l'Université Libre (1er numéro en novembre 1940) ; pamphlet de Georges Politzer contre "Sang et Or", qui présente les thèses du théoricien nazi Alfred Rosenberg (novembre 41) ; édition de l'Humanité clandestine aux côtés de Pierre Ginsburger dit Villon (qu’elle épousera en seconde noce en 1949). Elle assure la liaison entre résistance civile (Comité des Intellectuels du Front National de lutte pour l'Indépendance de la France) et militaire (OS, plus tard FTPF), et transporte même des explosifs.

Cette activité résistante lui vaut d'être arrêtée dans une souricière par la police de Pétain le 9 février 1942, avec plusieurs de ses compagnons, parmi lesquels Jacques Decour, Georges Politzer, Jacques Solomon, Arthur Dallidet : ces derniers, remis aux autorités allemandes, sont fusillés par les nazis. Elle est internée jusqu'au 15 février au Dépôt de la Préfecture, et le 20 mars, placée au secret à la Santé : elle y reste jusqu'au mois d'août puis est transférée au Fort de Romainville, camp d’internement sous autorité allemande. Comme ses compagnes, parmi lesquelles Danielle Casanova et Heidi Hautval, elle est déportée à Auschwitz-Birkenau via le camp d’internement de Compiègne par le convoi du 24 janvier 1943, dit convoi des "31 000" (voir le Mémorial des déportés de France au titre de la répression, Fondation pour la Mémoire de la Déportation, 2004 et Le Convoi du 24 janvier, de Chartotte Delbo, Éditions de Minuit, 1965).

Singulier par sa composition, ce convoi de 230 femmes, résistantes, communistes, gaullistes épouses de résistants, s'illustre en entonnant La Marseillaise en franchissant l'entrée du camp de Birkenau ; 49 de ces 230 femmes seulement reviendront des camps après-guerre. Elle reste dix-huit mois à Auschwitz, où elle est témoin oculaire du génocide des Juifs et des Tsiganes et participe au comité clandestin international de résistance du camp. Puis elle est transférée au camp de concentration de Ravensbrück au mois d'août 1944 : tout d'abord affectée à des travaux de terrassement, elle est mutée au Revier (infirmerie du camp) en raison de sa connaissance de la langue allemande. Ravensbrück est libéré le 30 avril 1945 par l’Armée rouge ; cependant, elle ne revient en France que le 25 juin 1945. Pendant ces semaines, elle se consacre aux malades en attente de rapatriement. Sous la plume de Rémy Roure, dans Le Monde du 16 juin 1945, on lit : "Chaque jour, cette magnifique française parcourt les blocs, relève les courages, donne de l'espoir qui n'est souvent que de l'illusion. Le mot de sainteté vient à l'esprit quand on voit cette grande sœur de charité auprès de ces hommes et ces femmes qui meurent chaque jour".

En 1945, elle siège successivement à l'Assemblée consultative provisoire et aux deux Assemblées Constituantes, est élue députée PCF de la Seine (1946-1958 ; 1962-1967), puis du Val-de-Marne jusqu'en 1973. Elle exerce à deux reprises (1956-1958 et 1967-1968) la fonction de vice-présidente de l'Assemblée nationale, dont elle devient vice-présidente honoraire. En 1946, elle est élue Secrétaire Générale de la Fédération démocratique internationale des femmes et, en 1979, vice-présidente de l'Union des femmes françaises (aujourd’hui Femmes Solidaires). Elle dépose notamment des projets de lois pour l’égalité des salaires entre les hommes et les femmes. Elle milite également au Mouvement de la Paix. En 1951, aux audiences du procès opposant le journal Les Lettres françaises (à l'époque proche du PCF) à David Rousset après que ce dernier eut été insulté de « trotskyste falsificateur » par ce journal (suite à la comparaison par David Rousset du Goulag avec le système concentrationnaire), Marie-Claude Vaillant-Couturier déclara « Je considère le système pénitentiaire soviétique comme indiscutablement le plus souhaitable dans le monde entier ». Membre dirigeante de la Fédération nationale des déportés et internés résistants et patriotes depuis sa création en 1945, elle en devient ensuite vice-présidente, puis co-présidente en 1978. Elle est également une des premières animatrices de l’amicale d’Auschwitz.

Témoin de l'accusation au procès de Nuremberg en 1946, elle dira plus tard : « En racontant les souffrances de ceux qui ne pouvaient plus parler, j'avais le sentiment que, par ma bouche, ceux qu'ils avaient torturés, exterminés, accusaient leurs bourreaux ». Elle revient cependant de ce procès « choquée, inquiète », « exaspérée par la procédure », insatisfaite, déplorant notamment l’absence, sur le banc des accusés, des dirigeants des firmes Krupp, Siemens, IG Farben, firmes qui avaient largement participé à l’exploitation économique des déportés. Mais malgré ces insuffisances, elle soulignera plus tard combien la définition du crime contre l'humanité était "un progrès pour la conscience humaine". Lors de son témoignage face aux criminels nazis, elle marchera vers eux, à la stupéfaction de la salle, pour les regarder droit dans les yeux, de très près.

En 1964, Paul Rassinier, père des négationnistes, contestant le verdict du procès, l'accuse nommément d’avoir survécu en dépouillant ses compagnes . Marie-Claude Vaillant-Couturier se constitue partie civile contre ces calomnies et le procès contre Rassinier fait justice de ces accusations : Geneviève de Gaulle-Anthonioz déclare à la barre des témoins « je l'ai connu dans les locaux de l'infirmerie où nous l'avions fait entrer, non pas pour la planquer, mais parce que nous avions besoin de camarades courageuses et parlant allemand". "... Lorsque nous remettions cette ration de pain prélevée sur notre propre ration, , cette ampoule, nous savions qu'elle serait bien remise à celle qui en aurait le plus besoin et sans aucune appréciation politique... " Je connais peu de femmes aussi courageuses que Marie-Claude, qui a toujours donné le sentiment que sa propre vie n'était rien sinon d'être au service de ses camarades ". Le gérant de Rivarol et Rassinier sont condamnés.

Au cours du mois de décembre de cette même année 1964, elle défend devant l’Assemblée Nationale la notion d’imprescriptibilité des crimes contre l’humanité, ouvrant ainsi la voie à la ratification, par la France en 1968, de la Convention de l’ONU sur l’imprescriptibilité de ces crimes. En 1987, elle est appelée par toutes les parties civiles à témoigner contre Klaus Barbie. Lors de la création de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, en 1990, elle en est désignée unanimement présidente, puis présidente d'honneur jusqu’à son décès le 11 décembre 1996. Chevalier de la Légion d'honneur depuis le 20 décembre 1945 - Officier en 1981, Commandeur en 1995 -, elle était également titulaire du titre de Combattante Volontaire de la Résistance et de décorations étrangères (Croix de Guerre Tchécoslovaque).

Publié dans Résistants

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