Douguine Alexandre

Publié le par Mémoires de Guerre

Alexandre Guelievitch Douguine, né à Moscou le 7 janvier 1962, est un intellectuel et théoricien politique nationaliste russe. Il est l'auteur de nombreux essais. Il a mis sur pied le Parti national-bolchévique (PNB), puis le Front national-bolchévique et enfin le Parti Eurasie. Il a été le conseiller du président de la Douma d'État Guennadi Selezniov, ainsi que de Sergueï Narychkine, membre dirigeant du parti Russie unie, pour les questions stratégiques et géopolitiques. Il estime que la Russie est culturellement plus proche de l'Asie que de l'Europe. Sa théorie du néo-eurasisme et ses ouvrages de géopolitique en ont fait un intellectuel influent dans les cercles nationalistes et il est parfois considéré comme un des inspirateurs de la politique étrangère de Vladimir Poutine

Douguine Alexandre

Formation et fonctions

Il est polyglotte, parlant dix langues. En 1979, Douguine commence des études d’ingénieur à l’Institut d’aviation de Moscou. Il fréquente des cercles intellectuels moscovites traditionalistes (« cercle Ioujinski »), versés dans l’ésotérisme et le mysticisme et hostiles aussi bien à la culture officielle soviétique qu’à l’« Occident décadent ». Les trois membres les plus importants de ce groupe étaient le poète Evgueni Golovine, le philosophe orthodoxe Iouri Mamléïev et le mystique musulman azéri Gueïdar Djemal (qui fonda le Parti de la renaissance islamique de Russie en 1991). Douguine fut très influencé par ces trois hommes, qu’il décrivit plus tard comme les « vrais maîtres de l’élite ésotérique de Moscou ». « L’une des activités du cercle consistait à lire et à traduire en russe les livres (empruntés à la Bibliothèque Lénine) d’auteurs étrangers comme René Guénon, Julius Evola et Ernst Jünger ».

 Membre actif de ce groupe, Douguine fait une traduction d’Impérialisme païen de Julius Evola, qu'il diffuse, dès 1982, sous forme de samizdat. Evola eut aussi une grande influence sur Douguine, en lui transmettant une vision-du-monde centrée sur la « Tradition » et sur les « racines hyperboréennes ». Il obtient un doctorat de sciences politiques en 2005, puis un doctorat de sociologie en 2011. En 2014, alors qu'on lui avait offert le poste de directeur du département de Sociologie des Relations internationales à l'Université d'État de Moscou, il perd ce poste à la suite de ses déclarations incendiaires sur le conflit avec l'Ukraine. En 2015, il est nommé rédacteur en chef de la chaîne de télévision Tsargrad TV, dès sa fondation par Konstantin Malofeïev.

Éditeur et traducteur

En 1988, Douguine fonde la maison d'édition Eon et écrit son premier livre, Misterii Evrazii [Les Mystères de l’Eurasie], distribué en samizdat. En 1989, des textes de Douguine sont publiés pour la première fois sous son nom dans une revue soviétique. En 1989, il voyage en Europe de l’Ouest, où il rend visite à des intellectuels de la mouvance néo-droitiste et traditionaliste tel Alain de Benoist, ce qui l'amène à fonder la revue Elementy, revue-sœur de celle de Benoist (Éléments). Il rencontre aussi Claudio Mutti et Jean Thiriart. L’idée d’une alliance rouge-brun, « fédérant identitaires, tiers-mondistes et ex-soviétiques – allait avoir un écho grandissant en Europe ». Dès ce moment, selon son traducteur, « son hostilité envers l'Occident s'accroît et il se rapproche du courant « national-communiste », en rencontrant le leader communiste Guennadi Ziouganov. Il publie, cette même année, un nouveau livre : Puty Absoljuta (Les Voies de l’Absolu). » En 1990, les éditions Eon prennent le nom révélateur d’Arctogaïa (Terre du Nord). En 1991, il traduit en russe La Crise du monde moderne de René Guénon.

Parcours politique

Premiers pas en politique

Après la chute du communisme, Douguine s'oppose au régime pro-occidental de Boris Eltsine. Dès 1991, il écrit dans Dyen [Le Jour], dirigé par l’écrivain et journaliste Alexandre Prokhanov, proche du Parti communiste et opposé au régime. Douguine, qui entre dans le comité de rédaction de Dyen, lance lui-même plusieurs journaux, dont le premier fut Giperboreyets (L’Hyperboréen). Il publie l’almanach Mily Angel (Cher Ange), essentiellement consacré au mysticisme orthodoxe. La même année, Douguine fait de nouveaux voyages en France pour participer aux colloques du GRECE et de l’association Politica Hermetica. Au printemps 1992, il organise la venue à Moscou d'Alain de Benoist, Robert Steuckers et Jean Laloux, qui participent à diverses réunions et rencontres dont une table ronde largement médiatisée avec Prokhanov et le député nationaliste Sergueï Babourine. En août 1992, une délégation du Front européen de libération, menée entre autres par le Belge Jean Thiriart et composée en majorité de Français et d'Italiens, se rend à Moscou. Elle rencontre Douguine et Prokhanov, mais aussi Egor Ligatchev et Guennadi Ziouganov. 

Parti national-bolchévique

En octobre 1993, Douguine et Édouard Limonov créent le Parti national-bolchévique, avec Limonov comme figure charismatique et Douguine comme idéologue. Le but est de promouvoir une alliance « rouge-brun », réunissant les rouges (communistes) avec les bruns (fascistes) contre le système capitaliste, comme tentait alors de le faire en France Jean-Edern Hallier avec L'Idiot international. D'après Stephen Shenfield, bien que Limonov fût le leader suprême du PNB, le programme idéologique du parti était largement déféré à Douguine, qui n'implémente toutefois pas certains éléments de sa pensée, comme son mysticisme religieux. Des liens sont établis avec la mouvance de la contre-culture rock/pop et le parti se dote d’un bimensuel du nom de Limonka. En 1995, Douguine se présente comme candidat du PNB dans une banlieue de Saint-Pétersbourg, mais malgré l'appui bruyant de la star de l'underground Sergueï Kouriokhine, qui donne à cette occasion un concert gratuit, il n'obtient que 0,85% des suffrages exprimés. Ce fut sa seule excursion dans le domaine électoral. Frustré par la simplification de ses idées par le programme du PNB, Douguine quitte le parti en mai 1998 et emporte avec lui une poignée de sympathisants. 

Rapprochement avec le Kremlin

Après son départ du PNB, il transforme la maison d'édition Arktogeïa en association historico-religieuse. En 1998, Douguine devient conseiller à la Présidence de la Douma pour les questions stratégiques et géopolitiques, poste qu'il exerce toujours en 2015. Présenté comme la presse occidentale comme le "Raspoutine de Poutine" du fait de son physique, George Barros, chercheur spécialisé sur la Russie et l’Ukraine, dans un article à la revue Providence en juillet 2019, nuance cette influence auprés des élites du Kremlin en déclarant « les journalistes occidentaux ont attribué à Dugin une grande influence qui n'existe tout simplement pas » en le considérant comme « un type de diplomate informel de l'extrême droite occidentale » tout en admettant une popularité auprés de groupes intellectuels qui poursuivent leurs propres réflexions néo-eurasistes.

Rôle dans l'annexion de la Crimée puis l'invasion de l'Ukraine

Dès la deuxième guerre d'Ossétie du Sud en 2008, Douguine appelle à l'annexion de la Crimée. Lors de l'annexion de la Crimée par la Russie en 2014, il est en contact avec les groupes séparatistes du Donbass et de Luhansk. Il leur donne des instructions politiques et conseille personnellement la séparatiste Ekaterina Goubareva. En 2014, il va jusqu'à appeler à l'extermination des Ukrainiens. En conséquence de quoi, en 2015, il est visé par les sanctions américaines. En juin 2015, le gouvernement canadien ajoute à son tour Alexandre Douguine et le parti Union de la jeunesse eurasienne à la liste des individus et organismes sanctionnés.

Lors de l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022, il appelle à l'annexion de l'Ukraine tout entière par la Russie. D'après l'historien Nicolas Lebourg, Alexandre Douguine participe à la propagande de guerre de Vladimir Poutine, qui justifie la guerre du Donbass en 2014 par une politique eurasiste niant la réalité géographique et historique des deux continents et passant sous silence l'origine de la création du Rous de Moscou. Dans la nuit du 20 au 21 août 2022, sa fille Daria Dougina meurt, tuée par un engin explosif placé dans son véhicule, à Bolshie Viazomy, près de Moscou, dans ce qui apparaît comme un attentat visant son père. Celui-ci devait prendre ce véhicule, mais s'est ravisé. 

Vie privée

Alexandre Douguine est le père de Daria Douguine, analyste politique et rédactrice en chef d'un site nommé United World International (UWI). Selon l'agence Tass, celle-ci est morte le 20 août 2022 dans l'explosion de son véhicule en banlieue de Moscou, dans ce qui pourrait être une tentative d'assassinat contre son père. Alexandre Douguine devait se trouver dans le véhicule avec sa fille avant de changer d'avis au dernier moment.

Publications

Il a publié une grande masse d'écrits, livres, articles, ouvrages collectifs, sur des thèmes issus des sciences politiques et de la géopolitique russe, de la sociologie ou encore de la philosophie de la tradition. L'essentiel de ses écrits sont en russe et non traduits dans d'autres langues. Parmi ses ouvrages traduits en français:

  • L’Empire soviétique et les nationalismes à l’époque de la pérestroïka, in ..., Nation et Empire, GRECE, 1991.
  • Fondamentaux de géopolitique (1997)
  • « La Révolution conservatrice russe », Eurasia, vol. 2,‎ 2006
  • Le prophète de l'eurasisme, Dublin, avataréditions, coll. « Heartland », 2006, 352 p. (ISBN 978-0954465278, lire en ligne [archive])
  • La grande guerre des continents, Avatar Éditions, coll. « Les cahiers de la radicalité », 2006, 100 p. (ISBN 978-0954465261)
  • La Quatrième théorie politique : La Russie et les idées politiques au XXIe siècle (préf. Alain Soral), Éditions Ars magna, 2012, 336 p.
  • Pour une théorie du monde multipolaire, Éditions Ars magna, 2013, 240 p. (ISBN 978-2912164858)
  • L'appel de L'Eurasie, Avatar Éditions, coll. « Heartland », 2013, 222 p. (ISBN 978-1907847189), conversation avec Alain de Benoist
  • (en) Martin Heidegger: The Philosophy of Another Beginning (trad. Nina Kouprianova), Washington, Radix, 2014
  • Vladimir Poutine, le pour et le contre : Ecrits eurasistes 2006-2016, Éditions Ars magna, 2017, 490 p. (ISBN 979-1096338276)
  • Pour le Front de la Tradition, Éditions Ars magna, 2017 (ISBN 979-1096338313)
  • Les mystères de l'Eurasie, Éditions Ars magna, 2019
  • Les racines de l'identité (Écrits eurasistes - 2012-2015), Éditions Ars magna, 2019
  • Le retour des Grands Temps (Écrits eurasistes - 2016-2019), Éditions Ars magna, 2019
  • Les templiers du prolétariat, Éditions Ars magna, 2020
  • Contre le Great Reset : Le Manifeste du Grand Réveil, Éditions Ars magna, 2021
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