Marquet Adrien

Publié le par Mémoires de Guerre

Adrien Marquet, né le 6 octobre 1884 à Bordeaux et mort le 3 février 1955 dans sa ville natale, est un homme politique français. Longtemps député et maire socialiste de Bordeaux, ministre du Travail du gouvernement Gaston Doumergue II, il est ministre d'État, puis ministre de l'Intérieur dans les gouvernements Pétain et Laval V

Marquet Adrien
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À 22 ans, Adrien Marquet, chirurgien-dentiste de profession, issu de l'extrême gauche, devient secrétaire fédéral de la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO) de Gironde. En 1912, il est élu conseiller municipal de Bordeaux, puis conseiller général et député, en tête de la liste du Cartel des gauches, en 1924. En 1925, il est élu maire de Bordeaux. Il imprime à la ville ouvrière une politique de transformation sociale en construisant ou en modernisant les équipements. Ainsi, la municipalité de Bordeaux adopte, en 1930, un important programme d'urbanisme appelé « plan Marquet », qui permet le développement de la cité en utilisant un vocabulaire architectural commun.

Ce plan a aussi pour objectif d'engager des grands travaux afin d'atténuer les conséquences de la crise de 1929. La ville est ainsi créditée d'équipements publics d'une architecture Art-déco, comme la nouvelle Bourse du travail, la piscine Judaïque, le stade Lescure, les abattoirs. Adrien Marquet entreprend aussi la réfection des égouts et de l’éclairage public, la macadamisation des rues. Il pratique aussi le clientélisme avec succès auprès des employés du Gaz de Bordeaux, auxquels il accorde quantité d'avantages sociaux. Ses adversaires dénoncent alors une dérive autoritariste et un opportunisme personnel. Lui déclare vouloir « prendre le fascisme de vitesse » et prône une forme de socialisme autoritaire et corporatiste proche du modèle mussolinien.

En juillet 1933, lors du 30e congrès de la SFIO, Adrien Marquet défend « l'ordre, l'autorité et la nation », provoquant la consternation de Léon Blum. Avec Marcel Déat, Pierre Renaudel et une vingtaine d'autres députés, il est exclu de la SFIO par celui-ci en octobre suivant, après la publication du manifeste des « néo-socialistes ». Ceux-ci fondent le Parti socialiste de France (PSDF) duquel il est également exclu, mais par Marcel Déat cette fois. Suite aux événements du 6 février 1934, le président du Conseil Gaston Doumergue le choisit pour être son ministre du Travail. Aux côtés de Pierre Laval et du maréchal Pétain, il engage un « plan Marquet » à l'échelle nationale. Cette politique de grands travaux, classique de la part des libéraux pour lutter contre le chômage et encourager l'activité industrielle, est destinée à lutter contre le chômage. Le gouvernement prend fin le 8 novembre suivant. Adrien Marquet fonde le Parti néo-socialiste en 1935.

L'année suivante, grâce à son implantation locale et alors qu'il n'appartient pas à la coalition électorale du Front populaire, il est réélu député d'une vingtaine de voix sur son adversaire du second tour. Il est nommé ministre d'État le 23 juin 1940, par le nouveau président du Conseil, le maréchal Philippe Pétain. Lors d'un remaniement qui intervient quatre jours plus tard, il succède à Charles Pomaret au ministère de l'Intérieur. Il se distingue des autres ministres par le fait qu'il n'est pas parti prenante à la Révolution nationale, bien que participant au limogeage des préfets jugés trop proches de la gauche républicaine. Pierre Laval, peu populaire auprès des parlementaires de gauche, l'utilise pour obtenir leurs suffrages lors du vote des pleins pouvoirs à Philippe Pétain. Adrien Marquet intimide alors les élus, déployant un important dispositif de police à Vichy.

Remplacé par Marcel Peyrouton le 6 septembre 1940, il refuse d'entrer dans la Résistance et prône la Collaboration avec l'Allemagne nazie, notamment dans le journal dont il est le fondateur, Le Progrès de Bordeaux. Au sein de l'hôtel de ville Bordeaux, il accueille en 1942 l'exposition antisémite Le Juif et la France. Pendant l'Occupation, Adrien Marquet ne fait aucune déclaration de soutien aux juifs bordelais et ne dénonce pas les rafles (au total, 1 681 juifs, dont 225 enfants, sont déportés de Bordeaux sous la Seconde Guerre mondiale) et fusillades d'otages. De même, il ne s'oppose pas à la déportation de son ancien premier adjoint Joseph Benzacar, qui mourra à Auschwitz. Concernant la franc-maçonnerie, il déclare « Pour le Maréchal, un Juif n’est jamais responsable de ses origines, un Franc-Maçon l’est toujours de son choix ». Il veille cependant à défendre les intérêts de Bordeaux, initialisant, lors de la libération de la ville, les discussions pour l'évacuation de la ville par la Wehrmacht sans destruction. Il est arrêté par deux policiers le 29 août 1944, et incarcéré au fort du Hâ le 5 septembre suivant. Lors de son procès devant la Haute Cour de justice, tenu sous la présidence de Louis Noguères à partir de fin 1947, Adrien Marquet met notamment en avant le fait qu'il a permis d'éviter, avec sa municipalité, une importante explosion qui visait des ponts, des bâtiments publics bordelais.

De nombreux témoignages entraînent son acquittement le 29 janvier 1948, après 40 mois de détention. Condamné à 10 années d'indignité nationale en vertu de l'ordonnance du 26 décembre 1944, des archives allemandes impliquant personnellement Adrien Marquet (désir de Collaboration, souhait de victoire de l'Allemagne et d'une France nationale-socialiste), n'étaient cependant pas en possession des juges au moment du procès. Dès sa sortie de la prison de Fresnes, il manifeste son intention de revenir en politique. Pour ce faire, il formule chaque année une demande d'amnistie au président de la République, qui la refuse. Lors de l'élection municipale de 1953 à Bordeaux, une liste parrainée par Adrien Marquet obtient un score honorable (29 %) face à celle conduite par le gaulliste Jacques Chaban-Delmas (42 %), qui conserve finalement la mairie. Adrien Marquet retrouve ses droits civiques grâce à une loi d'amnistie, le 8 octobre 1953, et souhaite se présenter aux élections législatives de 1956. Mais il meurt d'une crise cardiaque le 3 février 1955, à la sortie d'une réunion politique.

Direction des Renseignements Généraux - Audition du 23/12/1946 d'Helmut Knochen, 36 ans, ex-chef de la Police de Sûreté et du SD en France

Adrien Marquet

"J'ai fait la connaissance de Marquet dès 1940 alors qu'il était Ministre de l'Intérieur, pour la question je crois, des lois anti-franc-maçonniques. Il est venu me voir à mon bureau avenu Foch à titre personnel et non comme Ministre, puis il a rendu visite officiellement au Général Thomas.

Cette première conversation avec Marquet a porté sur la situation de la France après la défaite et sur la politique en général. Il était, à ce moment là, partisan de la politique de Laval.

J'ai revu souvent par la suite Marquet qui n'était plus que Maire de Bordeaux, mais venait souvent à Paris où il s'intéresait au journal Le Petit Parisien.

J'ai eu plusieurs fois l'occasion de discuter ouvertement avec Marquet car une certaine amitié était établie entre nous et j'ai eu l'impression qu'il aurait voulu entrer dans un Gouvernement pratiquant une politique de collaboration plus franche, mais aussi plus énergique que celle de Laval vis-à-vis de nous. Ceci revient à dire qu'à son avis, nous aurions dû laisser plus d'indépendance à la France et lui permettre d'avoir les mains libres pour régler sa politique européenne. Il critiquait assez vivement la ploitique d'Abetz.

Marquet espérait la victoire allemande. Je l'ai revu pour la dernière fois en 1944 au moment du débarquement et nous avons eu un entretien d'ordre général.

Lorsque j'ai connu Marquet, il avait un interprète alsacien d'origine qui travaillait au Petit Parisien et dont les parents résidaient en Alsace. Cet interprète a travaillé pour la Section VI. Il servait de secrétaire à Marquet. Je ne sais pas su Marquet a pris contact avec la Section VI, mais il a permis aux collaborateurs du Petit Parisien de le faire."

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