Bidault Georges

Publié le par Mémoires de Guerre

Georges Bidault, né le 5 octobre 1899 à Moulins (Allier) et mort le 26 janvier 1983 à Cambo-les-Bains (Pyrénées-Atlantiques), est un résistant et un homme d'État français. Compagnon de la Libération, il est président du Gouvernement provisoire de la République française du 24 juin au 16 décembre 1946. 

Bidault Georges
Bidault Georges

Jeunesse et professorat

Il est issu d'une famille de propriétaires ruraux catholiques et plusieurs membres de sa famille ont appartenu au clergé. Georges Augustin Bidault1 est le fils de Georges Bidault (1848-), agent d'assurances et petit propriétaire terrien à Moulins (Allier) et de Louise Françoise Augustine Traverse (née le 10 juillet 1860 à Thoissey dans l'Ain et morte le 17 juin 1901 à Moulins). Il fait partie d'une fratrie de six enfants. Il a trois sœurs : Marcelle Bidault (1901-1975), également membre de la Résistance, Marie Marguerite Edwige Bidault et Elisabeth Hélène Marie Bidault, ainsi que deux frères : François Louis Bidault et Paul Philibert Bidault (né le 14 août 1882 à Moulins et mort le 24 octobre 1957). Il fit ses études primaires et secondaires au lycée Saint-Louis-de-Gonzague, établissement tenu par des jésuites français chassés par la politique anticléricale de la IIIe République, à Bollengo dans le nord de l'Italie. Ses premières convictions politiques semblent avoir été forgées par la lecture d'une biographie du catholique libéral Charles de Montalembert. En 1916, il est reçu au baccalauréat avec une mention assez bien.

Georges Bidault obtient une licence d'histoire à la Sorbonne à l'âge de 18 ans, il est appelé sous les drapeaux au 92e régiment d'infanterie en 1918, mais est encore à l'instruction lorsque survient l'armistice du 11 novembre. Pour terminer son service militaire, Georges Bidault est affecté de 1919 à 1921 comme soldat-professeur à l'École militaire d'infanterie de Saint-Maixent. Il sera rappelé en 1921, lors de la première occupation de la Ruhr ordonnée par Aristide Briand. Il préside la Conférence Olivaint en 1922. Revenu à la Sorbonne, il obtient un diplôme d'études supérieures avec un mémoire sur la gabelle au XVIIIe siècle, avec le professeur Camille Bloch. Il est reçu premier à l'agrégation d'histoire et géographie en 1925, devant Pierre Brossolette et Louis Joxe. De 1925 à 1926, il enseigne au lycée de Valenciennes. De 1926 à 1931, Georges Bidault est affecté à Reims, il y noue des liens étroits avec l'un de ses élèves, le futur sociologue Roger Caillois qui, en 1971 écrit, à son ancien professeur : « L'Histoire est, de loin, la moindre part de l'enseignement que j'ai reçu de vous. Vous m'avez appris bien davantage du côté du style et de la conduite de vie. ». Nommé ensuite de 1931 à 1940 au lycée Louis-le-Grand, à Paris, il a pour élèves Jean Ferniot et Jean d'Ormesson, qui évoquera plus tard « l'éloquence froide » de son professeur et son « originalité d'esprit ». 

Militant démocrate-chrétien

Membre de l'Association catholique de la jeunesse française (ACJF) après la Première Guerre mondiale, il en devient vice-président et trouve là les bases de son futur engagement politique. Le grand combat de Georges Bidault dans les années 1920 se fait contre l'Action française. En 1927, dans un article des Cahiers de la Nouvelle Journée de Paul Archambault, il attaque le nationalisme maurrassien et la volonté de celui-ci d'incarner à lui seul le patriotisme français. Georges Bidault soutient fortement la condamnation de l'Action française par le pape Pie XI. En 1930, dans la revue démocrate-chrétienne Politique fondée par Charles Flory et Marcel Prélot, il signe un article intitulé : Charles Maurras : le déclin d'une influence. Il adhère au Parti démocrate populaire (PDP) en 1931. En avril 1936, il est candidat du PDP aux élections législatives, dans la circonscription de Domfront (Orne) contre le député sortant Georges Roulleaux-Dugage, un notable catholique et conservateur, mais il est battu dès le premier tour, obtenant 25 % des suffrages exprimés. Le 11 novembre 1938, avec Francisque Gay, il lance les Nouvelles Équipes françaises, destinées à rassembler la mouvance démocrate-chrétienne. 

Éditorialiste de L'Aube

C'est comme éditorialiste du quotidien catholique L'Aube à partir de 1934 que Georges Bidault se fait connaître. La qualité de sa plume et de ses analyses lui vaut une influence qui dépasse celle du journal, comme en témoigne un jugement de Paul Reynaud en 1938 : « Il n'est pas un parlementaire digne de ce nom (...) qui, à propos d'un problème d'actualité, ne lise L'Aube pour savoir ce qu'en pense Georges Bidault ». L'historien Jean-Pierre Rioux définit en 1983 son apport aux débats politiques des années 1930 : « Les droits de l'homme, une presse propre, un solide parlementarisme et la représentation proportionnelle : (...) toute une génération d'hommes neufs résume ainsi son sens du bien commun et du service public. Nombre d'entre eux l'ont appris en lisant Bidault ». 

Georges Bidault poursuit ses polémiques avec l'Action française. En juin 1938, il s'élève contre l'élection de Charles Maurras à l'Académie française, y voyant « le pouvoir de l'insulte sur la lâcheté », dans un éditorial intitulé « Le provocateur au meurtre sous la Coupole ». Les questions de politique étrangère occupent une place croissante dans ses éditoriaux. Il observe avec inquiétude la consolidation du régime hitlérien : « Quand Hindenburg abandonna Brüning, il choisissait sans le savoir dans le Walhalla son exécuteur testamentaire ». Il assimile l'Allemagne de la nuit des Longs Couteaux à « un ilote en proie à l'ivresse ».

Seconde Guerre mondiale et Résistance

Georges Bidault est mobilisé sur sa demande en février 1940 avec le grade de sergent. Il participe à la bataille de France et est fait prisonnier à Soissons le 8 juin 1940. Il est ensuite libéré en juillet 1941 en sa qualité d'ancien combattant de la guerre de 1914-1918. Il s'installe alors en zone sud en octobre 1941 et est affecté au lycée du Parc, à Lyon. Il entre dans la Résistance, au comité directeur du mouvement Combat d'Henri Frenay à Lyon. De février à avril 1942, Georges Bidault est rédacteur en chef du journal clandestin Combat. En avril 1942, à initiative de Jean Moulin, il dirige le Bureau d'information et de presse (BIP), véritable agence de presse clandestine. Georges Bidault s'entoure des journalistes Pierre Corval, Rémy Roure, Louis Terrenoire et Yves Farge. Le BIP publie le Bulletin d'Informations générales destiné aux mouvements de Résistance et à Londres, sa publication est très fréquente.

Au printemps 1943, en accord avec Jean Moulin, il entre au comité directeur du mouvement Front national de zone sud. En mai 1943, il est membre du Conseil national de la Résistance (CNR) à sa fondation et Georges Bidault y représente le PDP. Il vit dans la clandestinité et quitte Lyon pour aller vivre à Paris. Durant la Résistance, il utilise le pseudonyme Bip. Dans son travail clandestin, il côtoie les membres de la délégation générale (délégation en France du général de Gaulle, puis du CNF, enfin du CFLN) : Jean Moulin, Claude Bouchinet-Serreules, etc. et des membres du secrétariat de cette délégation : Daniel Cordier, Laure Diebold, etc. En septembre 1943, il est élu président du CNR à la suite de la disparition de Jean Moulin

IVe République

Le 26 août 1944, lors du défilé de la libération de Paris, Georges Bidault descend les Champs-Élysées aux côtés du général de Gaulle, qui lui aurait alors lancé « Redressez-vous, Bidault ! ». Après son rôle à la tête de l'OAS, il sera effacé de ces photos par la suite. Au début de la IVe République, il est l'un des fondateurs du Mouvement républicain populaire (MRP, 26 novembre 1944), principale force politique chrétienne-démocrate qui ait jamais existé en France. Il en devient président d’honneur en mai 1952. En octobre 1945, il crée avec Pierre Bouligaud le journal local Le Pays Roannais. Il est élu député de la Loire en octobre 1945, puis est réélu en juin 1946, novembre 1946, juin 1951 et janvier 1956 jusqu'en décembre 1958. Georges Bidault est élu député de la 6e circonscription de la Loire en novembre 1958 et le restera jusqu’en octobre 1962. De septembre 1944 à juin 1954, il participe à de nombreux gouvernements, souvent comme ministre des Affaires étrangères. En février 1947 il représente la France pour la signature des traités de paix avec les anciens alliés européens du Reich. Il est par deux fois chef du gouvernement :

  • de juin à décembre 1946 il préside le Gouvernement provisoire de la République française, à la tête d'une coalition « tripartite » (communistes, socialistes SFIO et MRP). Il exerce de fait une fonction équivalente à celle de chef de l'État et occupe également la charge de ministre des Affaires étrangères.
  • d'octobre 1949 à juillet 1950 il est président du Conseil, à la tête d'une coalition « Troisième Force » (socialistes, MRP, et diverses formation du centre-gauche et du centre-droit).

Il négocie pour la France la Charte des Nations unies et est l'un des signataires du traité franco-britannique de Dunkerque en 1947. Face au Coup de Prague et au blocus de Berlin, il mène une politique anticommuniste. En 1948, il signe le traité de Bruxelles instituant l'Union de l'Europe occidentale. Il est favorable à la CED tout en négociant des protocoles additionnels qui limitent la portée supranationale du traité. En août 1953, il joue un rôle important dans la déposition du sultan du Maroc. Il est candidat à la présidence de la République lors des deux premiers tours en décembre 1953. Georges Bidault critique la politique indochinoise d'Émile Bollaert en 1947 et de Pierre Mendès France en 1954 et la politique nord-africaine d'Edgar Faure en 1955. Partisan de l'Algérie française, il s’oppose à toute création d’un exécutif algérien en 1957. Il est l'un des 80 députés qui votent l'« amendement Salan » selon lequel le gouvernement peut procéder à des appels sous les drapeaux des citoyens français appartenant à la disponibilité et à la première réserve domiciliés en Algérie. 

Ve République

En juin 1958, il vote l’investiture du gouvernement du général de Gaulle. Il se sépare du MRP et crée la Démocratie chrétienne de France qui n’aura qu’un succès électoral limité. Par la suite, il constate que le général de Gaulle s'oriente vers le retrait de la France en Algérie et se rallie à l'OAS. Après le cessez-le-feu du 18 mars 1962, avec Jacques Soustelle, Antoine Argoud et Pierre Sergent, il constitue le 20 mai 1962 à Rome le comité exécutif du Conseil national de la Résistance visant à défendre l’Algérie française. Georges Bidault est désigné comme président de cet organisme. En juillet 1962 au lendemain de l’indépendance de l’Algérie, son immunité parlementaire est levée en raison de ces activités subversives.

Il quitte la France en 1963. Menant une vie clandestine, et apprenant l’enlèvement du colonel Antoine Argoud à Munich par des hommes des services spéciaux français, Georges Bidault publie un article virulent et est expulsé d’Allemagne ; le Portugal l’expulse à son tour vers le Brésil, où il passera, avec son épouse, plus de quatre ans. Il revient en Belgique en 1967, et, à la suite de l'amnistie des anciens responsables de l'OAS en 1968 (conséquence inattendue des événements de mai 1968) rentre en France en juin de la même année. Il crée le Mouvement pour la justice et la liberté qui soutient Alain Poher lors de l’élection présidentielle française de 1969. Le 5 octobre 1972, il participe à la création du Front national sous l'égide d'Ordre nouveau, mais s'en retire au bout de quelques jours, le 12, refusant « le compagnonnage des "petites frappes fascistes" d'Alain Robert ». 

Vie privée

Le 27 décembre 1945, dans le 7e arrondissement de Paris, Georges Bidault épouse Suzanne Borel, première femme à avoir été attachée d'ambassade en 1930, et qui devint directrice adjointe de son cabinet. Elle a largement inspiré le personnage de « Mademoiselle Crapotte » dans le roman autobiographique La Fin des ambassades de son collègue, le diplomate-écrivain Roger Peyrefitte (Roger Peyrefitte s'y moque aussi du côté « petit prof » de Georges Bidault). Suzanne Borel apparaît également dans les Propos secrets de Peyrefitte. Georges Bidault meurt en 1983. Ses obsèques ont lieu à Saint-Louis-des-Invalides. Il est inhumé au cimetière de La Celle-les-Bordes dans les Yvelines. 

Détail des mandats et fonctions

Au gouvernement

  • Ministre des Affaires étrangères : de Gaulle I : du 10 septembre 1944 au 21 novembre 1945
  • Ministre des Affaires étrangères : de Gaulle II : du 21 novembre 1945 au 26 janvier 1946
  • Ministre des Affaires étrangères : Gouin : du 26 janvier au 24 juin 1946
  • Président du gouvernement provisoire de la République française
  • Ministre des Affaires étrangères : Bidault I : du 24 juin au 16 décembre 1946
  • Ministre des Affaires étrangères : Ramadier I : du 22 janvier au 22 octobre 1947
  • Ministre des Affaires étrangères : Ramadier II : du 22 octobre au 24 novembre 1947
  • Ministre des Affaires étrangères : Schuman I : du 24 novembre 1947 au 26 juillet 1948
  • Président du Conseil : Bidault II
  • Bidault III : du 28 octobre 1949 au 2 juillet 1950
  • Vice-président du Conseil : Queuille II : du 2 au 12 juillet 1950
  • Vice-président du Conseil : Queuille III : du 10 mars au 11 août 1951
  • Vice-président du Conseil
  • Ministre de la Défense nationale : Pleven II : du 11 août 1951 au 20 janvier 1952
  • Vice-président du Conseil
  • Ministre de la Défense nationale : Faure I : du 20 janvier au 8 mars 1952
  • Ministre des Affaires étrangères : Mayer : du 8 janvier au 28 juin 1953
  • Ministre des Affaires étrangères : Laniel I
  • Laniel II : du 28 juin 1953 au 19 juin 1954

Au Parlement

  • 21 octobre 1945 - 10 juin 1946 : député constituant de la Loire
  • 2 juin - 27 novembre 1946 : député constituant de la Loire
  • 10 novembre 1946 - 4 juillet 1951 : député de la Loire
  • 17 juin 1951 - 1er décembre 1955 : député de la Loire
  • 2 janvier 1956 - 8 décembre 1958 : député de la Loire
  • 30 novembre 1958 - 9 octobre 1962 : député de 6e circonscription de la Loire

Au MRP

  • mai 1949 - mai 1952 : président du MRP

Distinctions

Décorations

  • Grand-croix de la Légion d'honneur de droit en qualité de grand maître de l'ordre (19 juin 1946)
  • Compagnon de la Libération (décret du 27 août 1944)
  • Commandeur de la Legion of Merit (24 août 1945)
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