Chikirou Sophia

Publié le par Mémoires de Guerre

Sophia Chikirou, née le 3 juin 1979 à Bonneville, est une conseillère en communication et femme politique française. Ancienne militante socialiste, elle rejoint Jean-Marie Bockel et déclare ne pas adhérer au programme présidentiel de Nicolas Sarkozy en 2007, mais soutenir sa « volonté de réforme ». Après avoir créé la société de conseil en communication Médiascop en 2011, elle prend part aux campagnes électorales de Jean-Luc Mélenchon. Elle participe en 2017 à la création du Média et en assure la direction jusqu’à son départ en juillet 2018, dans un contexte de crise sociale, éditoriale et financière. 

Chikirou Sophia
Chikirou Sophia
Chikirou Sophia
Chikirou Sophia

Sophia Chikirou naît le 3 juin 1979 à Bonneville en Haute-Savoie et y grandit. Ses parents sont tous deux algériens kabyles. Son père, ouvrier aujourd'hui retiré à Béjaïa, fut militant de la CGT. Elle est diplômée de l'Institut d'études politiques de Grenoble, d'études supérieures spécialisées en communication politique et sociale (2002) et titulaire d'un master 2 en ressources humaines et responsabilité sociale de l'entreprise à l'IAE Paris. À l'âge de 18 ans, en 1997, Sophia Chikirou adhère au Parti socialiste (PS). Dans les années 2000, elle est proche de Caroline Fourest et signe dans ProChoix. De 2002 à 2007, elle est assistante parlementaire du député du 20e arrondissement de Paris, Michel Charzat. Elle est membre du conseil national du PS à partir de novembre 2005, porte-parole de Laurent Fabius dans le cadre de la campagne de ce dernier pour être investi par les militants socialistes pour l'élection présidentielle de 2007. Elle fait alors la connaissance de Jean-Luc Mélenchon, un autre soutien de Laurent Fabius.

Soutenue par Michel Charzat, qui lui même ne peut pas se représenter du fait des cumuls des mandats, elle est candidate à l'investiture des militants de la 21e section du Parti socialiste pour les élections législatives. Elle annonce, le 11 juillet 2006, le maintien de sa candidature, malgré la désignation par le Bureau national du Parti socialiste, de George Pau-Langevin, ancienne présidente du Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples le 11 juillet 2006, la candidature de George Pau-Langevin ayant été justifiée au nom de la représentation des Antillais vivant en métropole à l'Assemblée nationale2. Michel Charzat décide alors de se présenter lui même en candidat dissident, Sophia Chikirou est sa suppléante. Après une campagne difficile ils sont battus et exclus du Parti socialiste. En novembre 2007, elle rejoint le mouvement La Gauche moderne, fondé par Jean-Marie Bockel, alors secrétaire d'État dans le gouvernement de François Fillon, suite à l'ouverture à gauche voulue par Nicolas Sarkozy. Elle explique alors qu'elle « n'adhère pas au programme présidentiel mais soutient la volonté de réforme de Nicolas Sarkozy ». Elle indique alors : « J'ai compris qu'il [Nicolas Sarkozy] avait gagné le jour où il a parlé d'un ministère de l'Identité nationale. Cette question de l'identité est centrale, il fallait l'affronter ».

En 2014, Sophia Chikirou participe à des campagnes politiques en particulier en Équateur, où elle suit une campagne du gouvernement contre la compagnie pétrolière américaine, Chevron, accusée de pollution dans la forêt amazonienne. Jean-Luc Mélenchon se rend aussi en Équateur pour suivre cette campagne internationale. Au printemps 2016, elle a observé et participé sur le terrain à la campagne de Bernie Sanders pour les primaires présidentielles du Parti démocrate américain. Elle en retient la stratégie de contourner les médias traditionnels et développer la communication sur les réseaux sociaux, thème repris par Jean-Luc Mélenchon lors de la campagne présidentielle, où elle est directrice de la communication. Elle initie la création du site Internet du candidat, L'Avenir en commun. En juillet 2018, Sophia Chikirou quitte son poste de présidente de l'entreprise de presse et de directrice de la publication du Media pour redevenir conseillère communication de Jean-Luc Mélenchon pendant la campagne des élections européennes de 2019. Elle occupait déjà ce poste lors de de l'élection présidentielle de 2017. Elle est chargée d'une mission de contact permanent avec le mouvement espagnol Podemos. Sophia Chikirou reste néanmoins présidente de la société de production audiovisuelle du Média.

Sophia Chikirou fonde en juillet 2011 la société de conseil en communication Mediascop, associée avec Arnauld Champremier-Trigano et Alban Fischer. Sophia Chikirou, devenue proche de Jean-Luc Mélenchon en 2008, participe à sa campagne présidentielle de 2012, la société Mediascop assurant l'ensemble de la communication de cette campagne. En 2013, ses deux associés dans Mediascop cèdent leurs parts à Sophia Chikirou, qui devient ainsi la seule propriétaire. En 2016, Mediascop est prestataire de services pour Jean-Luc Mélenchon alors député européen. Puis Sophia Chikirou est « directrice de la communication » de l'équipe de campagne de Jean-Luc Mélenchon lors de l'élection présidentielle de 2017. Mediascop change de statut, en 2017, en devenant une société par actions simplifiée à associé unique en remplacement de la société coopérative initiale. Le nouveau statut permet à Sophia Chikirou de recevoir une rémunération en dividende. Ainsi Sophia Chikirou s'octroie un salaire de 6 750 euros et se verse 64 000 euros de dividendes pour l’année 2016. Par ailleurs, ce changement de statut permet légalement à Mediascop de ne pas publié ses comptes pour 2017. Sophia Chikirou fonde, avec Sébastien Vilgrain, Henri Poulain et Gérard Miller, Le Média23, média en ligne dit « alternatif » consistant notamment en la création et la diffusion d'un journal télévisé, lancé le 15 janvier 2018. Après six mois de présidence, elle démissionne pour s'investir dans la campagne européenne du parti Podemos et garantir ainsi « l'indépendance » de la rédaction. Pour Aude Lancelin, nouvelle responsable du Média depuis le 10 juillet 2018, Sophia Chikirou « a été chassée par les salariés », qui ne supportaient plus son management brutal.

La présidence de Sophia Chikirou a fait l'objet de nombreuses critiques en interne au niveau de la gouvernance et de la gestion financière. Sophia Chikirou est favorable à un modèle économique avec une « diversification » des revenus notamment l’insertion de publicités d’annonceurs sélectionnés. Cette stratégie suscite des réticences de certains journalistes, dont notamment Aude Lancelin. Depuis son premier journal télévisé, Le Média a été marqué par plusieurs départs notamment en raison de désaccords sur le traitement du conflit syrien. Le soutien de Sophia Chikirou au journaliste Claude El Khal et sa prise de position, refusant de montrer des images de la bataille de la Ghouta orientale en Syrie, lui valent diverses critiques pour cette « ligne éditoriale que de nombreux journalistes ont jugée insultante pour les reporters de guerre qui risquent leur vie pour obtenir des clichés sourcés », si bien que l'AFP a publié une tribune pour contredire l'affirmation selon laquelle les images ne pourraient pas être vérifiées. Cette polémique permet à Antoine Hasday, journaliste de Slate, d'affirmer que même les sources des ONG ne semblent pas suffire à convaincre Sophia Chikirou et qu'il « y a une différence fondamentale entre un doute raisonnable et une logique hypercritique qui n’est qu'un sophisme permettant d'entretenir la confusion sur des faits avérés. Celui du Média sur la Syrie s'apparente à la seconde catégorie ».

En février 2018, la journaliste Aude Rossigneux limogée accuse Le Média d'une éviction et d'un management brutal. En juillet 2018, un article de Mediapart décrit une situation de crise au Média où une pétition se montait contre Sophia Chikirou avant qu'elle démissionne, dénonçant ses méthodes managériales et son autoritarisme. En octobre 2018, Mediapart écrit que Jean-Luc Mélenchon entretiendrait « une relation extra-professionnelle » avec elle. Celui-ci réagit en parlant « d'agression et d'ignominie » pour qualifier les révélations de Mediapart. Il déclare également : « elle n'est pas ma compagne ». De son côté, Sophia Chikirou avait démenti des rumeurs d'une telle relation en avril 2017. Jean-Luc Mélenchon précise ensuite qu'elle n'est pas sa compagne « au sens fiscal du terme ». Il déclare , en effet, un statut civil de « célibataire » aux impôts. 

Affaires judiciaires

Le Média

Juste avant son départ du Média, Sophia Chikirou aurait procédé à deux paiements, pour plus de 130 000 euros, à sa propre société, Médiascop, révèle Mediapart, information reprise dans un article du Point. Le premier chèque de 64 119,61 euros a été honoré par la banque, mais le virement suivant a été bloqué. Selon Mediapart : « Via sa société Mediascop, dont elle est l’unique actionnaire, la consultante Sophia Chikirou donnait des conseils à la présidente Sophia Chikirou ». Des salariés anonymes du Média accusent Sophia Chikirou de facturer des « prestations sans réalité », et la nouvelle direction du Média, composée de Gérard Miller, Henri Poulain et Aude Lancelin, lui reproche de s’être rémunérée alors qu’elle se présentait comme bénévole. Face aux accusations de malversation, Sophia Chikirou se défend en affirmant qu'elle était bénévole en tant que présidente du Média mais rémunérée comme conseil en stratégie. Elle affirme que les accusations contre elle sont de la « calomnie pure » et annonce porter l'affaire devant le tribunal de grande instance et demander un audit pour prouver sa bonne gestion. Selon Mediapart et Radio France, la direction du Média a déposé le 25 octobre 2018 deux plaintes contre X pour vol de matériel et de documents administratifs et financiers au sein de ses locaux, à Montreuil. D'après Mediapart, « même s’il s’agit de deux plaintes contre X, les éléments du dossier visent Sophia Chikirou ».

Mediascop

Par ailleurs, sa société Mediascop est prestataire de services pour la communication de cette équipe de campagne. En 2016, le chiffre d’affaires de Mediascop est de 162 899 euros, avec un bénéfice net de 76 550 euros, soit 47 % de marge. Au terme de la campagne, Mediascop reçoit une rémunération de 1 161 768 euros soit 11% du budget total du candidat Jean-Luc Mélenchon. La Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques mentionne que 54 600 euros auraient été indument payés. Bien que la CNCCFP ait validé les comptes de campagne du candidat Jean-Luc Mélenchon, elle fait le 14 mars 2018 un signalement au parquet de Paris. Celui-ci ouvre une enquête préliminaire en avril. En septembre 2018, François Molins, procureur de Paris, indique : « les surfacturations dénoncées tendent à faire sérieusement suspecter l'existence de manœuvres délibérées destinées à tromper l'organe de contrôle aux fins d'obtenir des remboursements sans cause ». Le 16 octobre 2018, dans le cadre de l'enquête préliminaire sur les comptes de campagne de 2017 du candidat Jean-Luc Mélenchon, une perquisition est menée par l'Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales au domicile de Sophia Chikirou.

Le 19 octobre 2018, une investigation de Radio France relève des « facturations étonnamment élevées » de la part de la société Mediascop pour ses prestations lors de la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon. Alors que les salaires des membres du staff du candidat se situaient entre 1 500 et 3 000 euros mensuels, Sophia Chikirou facturait 10 000 euros mensuels en tant que directrice de la communication de la campagne. En plus de ces honoraires, Radio France soutient qu'elle aurait facturé de nombreuses petites prestations à des tarifs plus élevés que la moyenne, portant, sur l'ensemble des huit mois de campagne, sa facturation mensuelle autour de 15 000 euros. Son avocat, David Marais, affirme que « toutes les accusations portées contre Mediascop et Madame Chikirou sont fausses ». Ce même jour, 19 octobre, elle est interrogée, dans le cadre d'une audition libre, par les enquêteurs, pour « escroquerie, abus de confiance, infraction à la législation des campagnes électorales et travail dissimulé ». En réaction, Jean-Luc Mélenchon apporte une « confiance totale » à Sophia Chikirou. Il considère Mediascop comme une « petite boîte de communication, mais la plus talentueuse » et indique : « Il n’y a aucun mystère dans les activités de Mme Chikirou à notre service. Nous avons choisi la personne la plus compétente, la plus brillante ». Le 23 octobre 2018, Sophia Chikirou se défend sur BFM-TV lors d'une interview : « il n'y a pas eu de surfacturation, Mediascop n’a pas surfacturé, il n’y a pas d’enrichissement personnel, il n’y a pas eu de détournement de fonds publics ». Cependant, la cellule investigation de Radio France maintient ses affirmations de surfacturation. 

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