Rassemblement national

Publié le par Mémoires de Guerre

Le Rassemblement national (RN), dénommé Front national (FN) jusqu'en 2018, est un parti politique français d'extrême droite fondé en 1972 à l'initiative d'Ordre nouveau. Il est présidé par Jean-Marie Le Pen de sa création à 2011, puis par sa fille Marine Le Pen. Le Front national émerge dans le paysage politique français au cours des années 1980, notamment lors des élections législatives de 1986. Candidat à l'élection présidentielle à cinq reprises, Jean-Marie Le Pen parvient à accéder au second tour du scrutin de 2002 face à Jacques Chirac, à la surprise générale dans un régime où domine le bipartisme. Par la suite, le FN obtient d'importants succès électoraux. En 2017, Marine Le Pen parvient à son tour au second tour d'une élection présidentielle. 

La plupart des observateurs politiques situent le FN à l'extrême droite, mais ses représentants récusent en général cette appartenance pour lui préférer d'autres qualificatifs ou proposer d'autres façons d'envisager l'axe gauche-droite. Au niveau européen, il est membre du Parti Identité et démocratie. Relativement peu représenté dans les institutions du fait d'un mode de scrutin à deux tours défavorable (phénomène du « front républicain »), il obtient régulièrement la majorité relative à différentes élections. En 2020, le parti compterait quelque 20 000 adhérents, un nombre en forte baisse depuis plusieurs années malgré les bonnes performances électorales du parti. Sa situation financière est également très fragile. 

Rassemblement national

Historique

Origines

Le Front national pour l'unité française (FNUF, ou son acronyme raccourci par commodité dès l'origine, FN) est lancé le 5 octobre 1972, lors d'une réunion privée tenue devant quelque 70 personnes à la salle des Horticulteurs, rue de Grenelle à Paris, sous les auspices du mouvement Ordre nouveau. Le logotype du Front national est choisi lors de ce congrès fondateur. La constitution légale du parti date du 27 octobre 1972, jour du dépôt à la préfecture de Paris de ses statuts par Pierre Bousquet, ancien Waffen-SS proche de Georges Bidault et Jean-Marie Le Pen. Ces statuts confirment la nomination de ce dernier comme président du FN par Ordre nouveau, qui cherche dans le choix de cette personnalité à se donner une façade respectable pour entrer dans l’arène électorale. Durant une dizaine d'années, le Front national reste un mouvement marginal, au cours de ce qui est communément désigné comme une « traversée du désert » par les historiens aussi bien que par les militants du parti. La préoccupation majeure semblait être de conserver le maigre capital de militants nécessaires à la survie du parti. François Duprat, ancien d'Ordre nouveau, joue un rôle moteur durant toute cette période.

La version « officielle » de la naissance du parti privilégie le rôle fondateur unique de Jean-Marie Le Pen. Ce dernier n'a cependant joué qu'un rôle limité dans la fondation proprement dite du Front national, l'initiative en revenant au mouvement Ordre nouveau, ce que le dirigeant historique ne conteste toutefois pas. Comme le montre notamment le politologue Alexandre Dézé, « cette version officielle procède en réalité d'une réécriture des origines de l'histoire frontiste, qui a notamment pour fonction d'occulter les conditions objectives de lancement du FN. Ce que dissimule, en effet, ce récit constitutif de la mythologie frontiste, ce n'est pas seulement la complexité et l'incertitude qui entourent la création du Front national, mais aussi le fait que les responsables du groupuscule néofasciste Ordre nouveau (ON) en sont les véritables instigateurs. Jean-Marie Le Pen n'est en réalité que l'une des pièces de la « stratégie de front national », conçue initialement par les dirigeants d'ON comme une étape électoraliste sur le chemin de la « Révolution nationaliste et populaire ». 

Rôle fondateur d'Ordre nouveau

Dans la perspective des élections législatives de 1973, le mouvement Ordre nouveau entreprend, à partir de la fin 1971, de constituer un « rassemblement de la droite nationale » allant des anciens poujadistes aux franges pétainistes ou néo-nazies les plus extrêmes. Le nouveau parti, baptisé Front national pour l'unité française, puis plus simplement Front national, est officiellement fondé le 5 octobre 1972. Ses statuts sont déposés le 27 octobre de la même année. Selon l'analyse d'Alexandre Dézé, la création du Front national obéit à une quadruple logique de la part du mouvement Ordre nouveau à l'aube des années 1970. Il s'agit, en premier lieu, dans une « logique de compétition », d'occuper l'espace politique de l'extrême droite et de s'affirmer comme la « concrétisation de l'unité du nationalisme français ». Puis, dans une « logique de conversion » et particulièrement sous l'impulsion de François Duprat, Ordre nouveau redéfinit progressivement ses modes d'actions au bénéfice de la participation au système électoral, après un tout premier test en juin 1970 lors de législatives partielles suivi d'une participation aux municipales de mars 1971 : il s'agit alors en large partie de trouver des débouchés politiques aux jeunes cadres du mouvement. S'y ajoute une « logique de collaboration » avec les notables de la frange « nationale », afin d'élargir les moyens politiques d'Ordre nouveau au-delà de ce seul mouvement. On voit enfin à l'œuvre une « logique de rationalisation » dans le discours adressé aux militants, visant à montrer les limites de l'activisme et à convaincre du bien-fondé d'un mode d'action désormais strictement légaliste.

Les dirigeants d'Ordre nouveau, particulièrement François Duprat et Alain Robert, s'inspirent alors essentiellement du modèle du MSI, parti néofasciste italien fondé en 1946 par des proches de Mussolini, qui vient alors de fusionner avec les monarchistes et d'adopter une ligne de « droite nationale » (Destra nazionale) : le MSI est à cette époque le plus puissant parti d'extrême droite européen. Comme le note Erwan Lecœur, Ordre nouveau « veut faire du rassemblement qui prend forme à la fin de cette année [1972] le pendant français de la réussite du Movimente Sociale Italiano (MSI) » ; de fait, « La flamme tricolore (sigle du Front national), comme une partie du programme sont copiées sur le MSI ». Nicolas Lebourg et Joseph Beauregard soulignent de même que « le logotype de la flamme tricolore […] témoigne à la fois du parallélisme modernisateur avec l'Italie (chacun sait qu'il s'agit du symbole du MSI, avec le code couleur idoine bien sûr), de « la continuité légitimatrice avec Ordre Nouveau (qui en use déjà pour la coquille vide qu'est son syndicat, l'Union Générale du Travail) », mais y ajoutent « la tradition historique avec le Rassemblement national populaire de Déat (dont les trois flambeaux ressemblaient fort à cette flamme) ». D'après l'historienne Valérie Igounet, « l'appropriation de la flamme italienne par le Front national symbolise, avant tout, une affiliation à une certaine mystique fasciste », mais s'explique aussi « parce qu’il n'a ni les réserves financières, ni les moyens logistiques pour conceptualiser un logo ». Le MSI est aussi le premier imprimeur du Front national, fournissant gratuitement ses premières affiches alors que le parti manque de moyens. Selon Zvonimir Novak, spécialiste de l’imagerie des supports politiques, « cette flamme fait référence à celle des poilus durant la guerre de 14-18, la flamme éternelle de la France, celle du soldat inconnu ».

Alain Robert joue dans la genèse de ce mouvement unitaire un rôle clé grâce à la mobilisation de ses réseaux personnels issus de ses multiples engagements successifs (au sein de la Fédération des étudiants nationalistes, des Comités Tixier-Vignancour, d'Occident, du Groupe Union Droit). L'initiative d'Ordre nouveau intervient à un moment où, après l'échec des « ultras de l'Algérie française » et le déclin qui s'est ensuivi, l'extrême droite française est particulièrement fragmentée entre des groupuscules épars. Outre Ordre nouveau, où l'on retrouve en particulier François Duprat, Alain Robert et François Brigneau et qui est le mouvement dominant par le nombre, les groupes étroitement impliqués dans la création du Front national et dont différents membres y occuperont des postes clés sont Jeunesses patriotes et sociales (JPS) de Roger Holeindre, la revue Militant de Pierre Bousquet (ancien membre du Parti franciste puis de la division SS Charlemagne dans les années 1940) et le Groupe union défense (GUD) d'Alain Robert (tendance nationaliste-révolutionnaire). Alexandre Dézé souligne le caractère alors « hautement improbable » dans ce contexte de la création d'un parti regroupant ces diverses tendances en vue d'une participation à la compétition politique dans le cadre des institutions. De fait, certains autres groupuscules préfèrent alors ignorer cette initiative : le GRECE, qui poursuit depuis 1968 son entreprise de refondation idéologique, ainsi que les monarchistes de Restauration nationale. Enfin, Georges Bidault, qui, avec son Mouvement pour la justice et la liberté, aurait apporté avec lui la caution d'un ancien président du Conseil national de la Résistance et d'un ancien président du Conseil de la IVe République, ne participe que brièvement aux tractations qui se déroulent à l'été 1972. 

Jean-Marie Le Pen, « caution électorale »

Après le refus de Dominique Venner et de Jean-Jacques Susini d'assumer la fonction de président du nouveau front, et notamment par l'intermédiaire de Roger Holeindre et François Brigneau, les responsables d'Ordre nouveau se tournent vers Jean-Marie Le Pen, avec lequel des contacts ont lieu depuis décembre 1971 ; celui-ci est alors en retrait de la vie politique après sa participation à la campagne de Jean-Louis Tixier-Vignancour. Il rejoint le nouveau parti lors du second congrès national d'Ordre nouveau les 10 et 11 juin 1972 et obtient tout d'abord un premier accord mettant en place une présidence à trois têtes représentant les trois principales tendances : lui-même, François Brigneau pour Ordre nouveau et Guy Ribeaud, un proche de Georges Bidault. Après le retrait de ce dernier, il obtient pour ses partisans une majorité des sièges au bureau politique, Ordre nouveau n'en occupant qu'un tiers et chaque responsable de la tendance Ordre nouveau y étant doublé d'un adjoint « lepéniste ». Le bureau initial du Front national est ainsi composé, outre Jean-Marie Le Pen (président) et Brigneau (Ordre nouveau, vice-président), d'Alain Robert (Ordre nouveau, secrétaire général) et Roger Holeindre (secrétaire général adjoint) et de Pierre Bousquet (trésorier) et Pierre Durand (trésorier adjoint).

Décrit par les dirigeants d'Ordre nouveau comme « une personnalité de premier plan, non seulement par son passé militant et combattant, notamment le fait d'avoir été député à deux reprises, mais surtout par son intelligence et sa clairvoyance politique », Jean-Marie Le Pen « présente alors un profil plus légaliste et modéré que celui des dirigeants du mouvement nationaliste-révolutionnaire […] dans cette mesure, sa participation au FN doit avoir pour finalité de crédibiliser l'entreprise frontiste ». Pour Jean-Yves Camus, il s'agit de tirer profit de ses atouts de « faire-valoir électoral sans lui confier la direction de l'appareil du mouvement ». Il relève également « que « l'expérience des « comités TV » [Tixier-Vignancour] est importante pour l'histoire future du FN : en effet, la nébuleuse tixiériste avait partiellement réussi à mobiliser ensemble des fractions aussi différentes que la droite conservatrice antigaulliste (P. Arrighi, A. de Lacoste-Lareymondie), le néo-fascisme d'Occident et le néo-paganisme « européaniste » de J. Mabire ou D. Venner. Oscillant sans cesse entre un nationalisme sans compromis et la tentation du ralliement au meilleur candidat antigaulliste, la campagne Tixier préfigurait largement les futures hésitations stratégiques du FN ». Par choix tactique, la quasi exclusivité de la représentation du nouveau parti est laissée à Jean-Marie Le Pen, désigné président du nouveau parti : outre le bénéfice recherché en termes de crédibilité, Ordre nouveau choisit de s'effacer publiquement pour permettre, le temps de la campagne des législatives, l'expression d'un discours unitaire. 

Jean-Marie Le Pen

Jean-Marie Le Pen

Premier programme du Front national

Se revendiquant d'une « droite sociale, populaire, nationale », le nouveau parti se place explicitement au sein du jeu politique : l'opposition au régime « prend désormais plutôt la forme d'une critique populiste du système politique et des principales forces qui le composent » (« contre la majorité usée, corrompue, impuissante », « contre le communisme ruineux, utopique, oppresseur » sont deux des mots d'ordre de la campagne électorale de 1973). Sous le titre « Défendre les Français », le programme publié le 11 novembre 1973 dans Le National et dont la partie économique a été rédigée par Gérard Longuet, aborde dans une optique conservatrice modérée, à la tonalité antilibertaire, anticapitaliste et antimarxiste, la plupart des thèmes sociétaux du moment (agriculture, économie, enseignement, service public, santé). Le nouveau parti, aux thèmes déjà national-populistes, se veut être une « troisième voie entre lutte des classes et monopoles ». 

Loin de reprendre les idées économiques interventionnistes d'Ordre nouveau, il s'affiche comme une défense des intérêts corporatistes tout en « réclamant, au contraire, la réduction au strict minimum du secteur public et nationalisé, ainsi que le confinement de l'État à son rôle d'arbitre des intérêts ». Jean-Yves Camus souligne les ambiguïtés de ce programme sur les questions de l'immigration, où le lien avec le chômage n'est pas encore établi, ainsi que la position sur la natalité où il « réclame la révision de la loi de 1920 sur l'avortement, alors que la même mesure, prise par S. Veil, ouvrira la campagne frontiste sur le prétendu “génocide des enfants français” ». Paru en 1978, Doctrine économique et sociale du Front national, de Pierre Gérard, « sorte de manifeste « libéral-national » qui « reprend les thèses poujadistes et fait l'apologie des libertés économiques » selon Valérie Igounet, prolongera le programme économique rédigé par Gérard Longuet et constituera la référence du parti sur les questions économiques jusqu'au début des années 1990. 

Tensions au sein du parti

Cette nouvelle orientation stratégique ne fait cependant pas l'unanimité, comme en témoignent les désaccords dès le congrès fondateur de juin 1972 entre les tenants « radicaux » du maintien de la référence à Ordre nouveau sous l'appellation « Front national pour un Ordre nouveau » (minorité menée par les membres du GUD) et les « pragmatiques » qui insistent « sur la nécessité de jouer à fond la stratégie d'ouverture et de changement d'« image » » et soutiennent le choix du nom de « Front national pour l'unité française » (motion conduite par François Brigneau). Le discours tenu en interne sur la distinction maintenue entre les programmes respectifs des deux mouvements en est une autre illustration. De même, lors du congrès de 1972, alors qu'« [une] minorité « pose clairement la question : « Ne peut-on craindre de voir, éventuellement, ce Front national échapper au contrôle d'Ordre nouveau ? », [il] leur est répondu qu'ON continue à revendiquer le rôle dirigeant au sein du Front, qu'il doit en rester l'élément moteur, « l'ossature autour de laquelle s'ordonne tout le reste » ». 

La multiplication des emprunts à Ordre nouveau dissimulés dans l'imagerie et les slogans du nouveau Front national est encore un moyen de « rassurer les militants sur les référents identitaires originels du parti », ce qui n'empêche pas la scission menée par Patrice Janeau qui fonde par la suite le Groupe action jeunesse. Jean-Yves Camus souligne que la difficulté, à l'époque, réside dans « l'existence au sein de la droite nationale de deux cultures idéologiques antagonistes : celle d'Ordre nouveau, nationaliste-révolutionnaire, et celle des nationaux, souvent issus du poujadisme et du mouvement pour l'Algérie française ». La création du nouveau parti se fait « dans une ambiance réciproque de parfaite méfiance », lepénistes et Ordre nouveau mettant concurremment en place des sections locales et annonçant des meetings de lancement distincts ; les statuts du mouvement doivent être rédigés sans aucune référence idéologique ou politique, afin d'éviter les conflits86. Pour Grégoire Kauffmann, « le FN naît ainsi d'un malentendu — pour ne pas dire d'un marché de dupes. D'autant que Le Pen avait promis le renfort de nombreux militants rencontrés à l'époque du poujadisme et des Comités Tixier-Vignancour. 

Or la moisson s'avère très décevante. Ne répondent à l'appel que les maigres troupes du Front uni de soutien au Sud-Vietnam dirigé par Roger Holeindre et celles, non moins dérisoires, de Justice et Liberté, le groupuscule de Georges Bidault — figure de la Résistance passée à l'OAS. Dans les faits, c'est bien Ordre nouveau qui, incitant tous ses adhérents à rejoindre la nouvelle formation, fournit au FN le gros de ses effectifs » ; à Paris, 20 des 31 candidats du Front aux élections législatives viennent ainsi d'Ordre nouveau. Ces tensions s'avivent après l'échec aux législatives de 1973. Jean-Marie Le Pen avait annoncé 400 candidats, mais le parti ne parvient à en présenter que 105. Alors que l'objectif et le seuil de viabilité du mouvement avaient été fixés à 3 % des voix, le nouveau parti n'obtient que 108 000 voix, soit 1,3 % des suffrages exprimés au niveau national et 2,3 % dans les circonscriptions où il était présent. Seul Jean-Marie Le Pen dépasse les 5 % à Paris. Lors du troisième congrès d'Ordre nouveau en avril 1973, puis du premier congrès du Front national en juin, les dirigeants d'Ordre nouveau affirment une double stratégie : d'une part de maintien des objectifs nationalistes révolutionnaires du mouvement afin de conserver sa base militante, et d'autre part d'engagement maintenu dans la voie légaliste, c'est-à-dire dans le Front national où Ordre nouveau revendique cependant son autonomie politique. 

Prise de contrôle par Jean-Marie Le Pen

La reprise de l'action militante et violente lors des congrès de juin 1973 conduit finalement à la dissolution d'Ordre nouveau par le gouvernement le 28 juin, en même temps que celle de la Ligue communiste, à la suite d'une nuit d'affrontement dans les rues parisiennes le 21 juin. Alain Robert tente alors de conserver le capital politique et organisationnel acquis grâce à la création du Front national, tout d'abord en exigeant la majorité des sièges au bureau politique du parti, puis au travers d'une revue baptisée Faire front lancée en octobre 1973 et sous-titrée « Journal du Front national », amorce d'un « Front national bis ». Mais cette tentative se solde par un échec : Jean-Marie Le Pen désigne Victor Barthélemy, ancien membre du Parti communiste français et du Parti populaire français (PPF) de Jacques Doriot, au poste de secrétaire administratif, et Dominique Chaboche au poste de secrétaire général, puis obtient par décision de justice « non seulement l'interdiction pour Faire front d'utiliser la mention « Front national » mais aussi l'usage exclusif du sigle frontiste » Il peut alors « imposer un bureau politique tout à sa dévotion ». Tandis qu'Alain Robert va fonder le Parti des forces nouvelles qui sera le principal concurrent du Front national tout au long des années 1970, Jean-Marie Le Pen se retrouve cependant alors « à la tête d'une organisation non seulement endettée mais également amputée d'une partie substantielle de sa base militante » : la scission de Faire front entraîne la perte d'un tiers des dirigeants et de la majorité des cadres et militants. Le Front national ne compte plus que quelques centaines d'adhérents. Pour Alexandre Dézé, cette première scission illustre une constante de l'histoire du Front national, partagé entre « une logique électorale de conquête du pouvoir et une logique doctrinale d'affirmation identitaire. » 

Présidence de Jean-Marie Le Pen

Difficiles débuts des années 1970

Jusqu'au début des années 1980, le parti, alors fortement concurrencé par le Parti des forces nouvelles99, ne décolle pas tant du point de vue du nombre d'adhérents (270 en 1980) que des résultats électoraux. Cependant, comme le soulignent Nicolas Lebourg et Jonathan Preda, « plus jamais le néo-fascisme français ne parviendra à tenir la rue et faire l'actualité comme au temps d'Ordre nouveau. Alors que les nationalistes [révolutionnaires] étaient persuadés qu'il fallait un parti monolithique de révolutionnaires professionnels pour ressusciter l'extrême droite française, c'est finalement le national Jean-Marie Le Pen, qui sera en position de relever ce défi. » Malgré le très faible score réalisé par Jean-Marie Le Pen lors de l'élection présidentielle de 1974 (0,75 %), sa candidature lui confère le statut de chef de file de l’extrême droite française et suscite une vague d'adhésions.

Alors que le FN est en grande difficulté sur les plans électoral, logistique, structurel et financier, le comité central du parti décide, à l'initiative de Franck Timmermans et en l'absence de Jean-Marie Le Pen, la tenue d'une séance extraordinaire à l'été 1979 qui lui permet de se réorganiser : l'historienne Valérie Igounet considère que « les propositions faites — et validées par le président du FN — vont constituer les fondements de l’organisation frontiste à venir ». Jean-Marie Le Pen ne parvient pas à réunir les 500 signatures de maires nécessaires pour pouvoir se présenter à l'élection présidentielle de 1981 : il appelle à voter au second tour pour Jeanne d'Arc. Lors des élections législatives qui suivent, le FN obtient 0,18 % des voix, soit son plus mauvais résultat depuis sa création. 

Succès électoraux des années 1980-1990

Pour Pascal Perrineau, la réussite électorale de Jean-Marie Le Pen dans les années 1980 « s'est appuyée, pour une bonne part, sur le courant de protestation politique qui traversait alors l'électorat de droite, désarçonné par sa défaite de 1981, et sur les interrogations qui taraudaient les grandes concentrations urbaines françaises confrontées à la montée de l'insécurité et au développement de l'immigration ». Il met aussi en avant « la crise qu'ont déclenchée les chocs pétroliers de la décennie précédente ». Les élections cantonales de mars 1982 voient la première percée du Front national, dont certains candidats parviennent à approcher ou dépasser les 10 % des suffrages exprimés comme à Grande-Synthe, dans le Nord (13,3 %), à Dreux-Ouest, dans l'Eure-et-Loir (12,6 %), à Pont-de-Chéruy, dans l'Isère (10,3 %), et à Dreux-Est (19,6 %). D'après Gilles Vergnon, « la plupart des observateurs font débuter son ascension à l'élection municipale de mars 1983, catastrophique pour les gauches de gouvernement, quand Jean-Marie Le Pen obtient 11,26 % des suffrages exprimés dans le XXe secteur de Paris, tandis que la liste commune du RPR René-Jean Fontanille et du frontiste Jean-Pierre Stirbois à Dreux obtient 31 % des voix au premier tour, avant d'échouer de quelques voix au second ». Pour Valérie Igounet, « l’émergence électorale du FN date de l’élection municipale partielle de Dreux (septembre 1983) ».

Le Front national réalise une nouvelle percée sur le plan national le 17 juin 1984 avec 10,95 % des suffrages exprimés lors des élections européennes. Ce score lui permet d'avoir dix élus au Parlement européen. Pour Pascal Perrineau, ces élections marquent « la véritable « entrée en politique » du Front national. Pourtant, celle-ci surprend la plupart des observateurs. Avec 11 % des suffrages exprimés, le succès de la liste emmenée par Jean-Marie Le Pen est interprété dans un premier temps comme une « poussée de fièvre » caractéristique des mouvements de droite plébiscitaire et nationaliste qu'a toujours connus l'histoire politique française (le bonapartisme, le boulangisme, le poujadisme) et qui ne réussissent jamais à s'implanter durablement dans le paysage électoral ». Pour Jérôme Fourquet, la percée électorale du FN en 1983-1984 ainsi que la création de SOS Racisme en 1984 sont la matérialisation immédiate de l'accès à la visibilité toute récente de la population issue de l’immigration maghrébine avec les grèves de l'industrie automobile française de 1982 à 1984, la Marche pour l'égalité et contre le racisme de 1983, différents faits divers, films et chansons, et conséquemment de la nouvelle place prise dans le débat public par les thèmes « de l’identité, du rapport à la nation, du multiculturalisme et de la lutte contre le racisme », alors que « le combat gauche/droite était principalement polarisé autour des questions économiques et sociales » jusqu'alors.

Le 16 mars 1986, après le passage au scrutin proportionnel pour les législatives, promesse de campagne de François Mitterrand permettant opportunément d'atténuer une défaite programmée, le Front national entre à l'Assemblée nationale et constitue le groupe Front national – Rassemblement national composé de 35 députés. Décrit par Bruno Mégret comme un « parti artisanal », « sans cohérence politique ni idéologique », et « constitué de multiples chapelles issues de l'extrême droite et d'une masse de militants et de cadres nouveaux, venus pour beaucoup du RPR », le Front national rassemble des personnalités hétéroclites et des courants parfois antagonistes. Alors que le nombre de militants progresse, Valérie Igounet relève que « les responsables FN nomment le premier venu dans les nouvelles sections. L'urgence se fait sentir : il faut reprendre la formation. Début 1985, 95 % des fonctions de l'appareil sont remplies par des bénévoles, « souvent admirables de dévouement, mais pas toujours disponibles ou compétents » d'après un document interne. En 1988, Bruno Mégret devient le délégué général du FN, devenant ainsi le rival de Jean-Pierre Stirbois au sein du FN, d'autant plus qu'il devient l'un des dirigeants du FN dans la région PACA. Après la mort accidentelle de Jean-Pierre Stirbois en 1988, l'exécutif du FN voit arriver de nouvelles têtes autour de Bruno Mégret, comme Carl Lang ou Bruno Gollnisch. Aux élections municipales de 1989, le FN voit élire le premier maire de l'histoire du parti, Charles de Chambrun, à Saint-Gilles (Gard). Entre 1989 et 1993, Marie-France Stirbois est la seule élue frontiste à siéger à l'Assemblée nationale.

Le congrès de 1990 est, selon Sylvain Crépon et Nicolas Lebourg, le premier « où le FN s'affirme apte à gouverner la France. Bruno Mégret y déclare que le FN n'est pas en recherche d'alliance avec les droites mais a pour but de « réaliser la grande alternance, de prendre en charge la direction des affaires de la République ». Après la chute du mur de Berlin, le FN, jusque-là d'orientation atlantiste, européiste et libérale, opère une mue qui le conduit notamment à choisir, selon les termes de Bruno Mégret, le camp du « nationalisme » contre celui du « mondialisme ». Le parti s'oppose ainsi à la guerre contre l'Irak, une position incomprise par une partie de son électorat (par réflexe anti-arabe, remarque l'historien Nicolas Lebourg, 50 % des sympathisants FN déclarent soutenir l'attitude de François Mitterrand). L’hebdomadaire du parti décrit désormais l’atlantisme comme un « masque aux opérations des ploutocrates, des pétroliers, des émirs, de la Trilatérale, et des lobbies médiatiques ou financiers ». Dans les années 1990, le FN prend une place de plus en plus importante dans la vie politique française. Ses campagnes s'axent sur la dénonciation de la corruption qui toucherait les grands partis français comme le PS ou le RPR. Le FN vise ainsi les déçus des partis ayant gouvernés les décennies précédentes.

Succédant à une campagne présidentielle où Jean-Marie Le Pen dépasse les 15 % de suffrages exprimés (4,3 millions des électeurs) et réalise une percée dans l'électorat populaire qui ouvre la voie à la thèse du « gaucho-lepénisme », les élections municipales des 11 et 18 juin 1995 donnent au Front national ses premiers maires dans plusieurs grandes villes de Provence-Alpes-Côte d'Azur : à Marignane, avec Daniel Simonpieri, à Orange, avec Jacques Bompard, et à Toulon, avec Jean-Marie Le Chevallier. Cette progression du frontisme municipal est suivie, en février 1997, par l'élection de Catherine Mégret à la municipalité de Vitrolles, contre un adversaire socialiste, dans le cadre d'une élection partielle. Cette victoire supplémentaire marque la progression, au sein du FN, de son mari, alors numéro deux du mouvement : Bruno Mégret. Jean-Marie Le Pen affiche un enthousiasme pour le moins mesuré face à ces victoires, craignant « la montée en puissance de ces notables locaux aux dépens de sa propre personne ». Lors des élections législatives de 1997, le FN est présent au second tour dans 124 circonscriptions, un record dans son histoire. 

Marine Le Pen

Marine Le Pen

Scission de 1998, un frein à la progression du parti

Lors des élections régionales de 1998, le bon score réalisé par le Front national complique l'élection des présidents de région et la question de l'alliance entre l'extrême droite et la droite parlementaire se pose. La portée du succès électoral des élections régionales est rapidement éclipsée par les tensions qui éclatent publiquement au sein du parti frontiste. Lors du conseil national du 5 décembre 1998, à Paris, Jean-Marie Le Pen est hué par les partisans du numéro deux, Bruno Mégret, pour avoir suspendu deux proches de celui-ci. Le président du Front national se voit reprocher son caractère autoritaire et ses polémiques, qui empêcheraient le parti d'accéder au pouvoir ; de son côté, Bruno Mégret apparaît plus consensuel et idéologiquement plus enclin à des alliances avec la droite que Jean-Marie Le Pen. Mais ce dernier refuse tout compromis avec Mégret, qu'il qualifie de « félon ». Le 13 décembre suivant, anticipant leur exclusion du parti, les proches de Bruno Mégret essayent de prendre la maîtrise du FN lors d'un conseil national extraordinaire s'appuyant sur un mouvement de pétitions de militants ; mais, saisie par Jean-Marie Le Pen, la justice constatera plus tard que les formes légales de convocation d'un congrès du mouvement n'étaient pas réunies.

Bruno Mégret est suivi dans sa démarche par une majorité d'élus et cadres du Front national (140 conseillers régionaux, 60 secrétaires départementaux, 50 membres du comité central), dont Marie-Caroline Le Pen. Le congrès extraordinaire dissident des 23 et 24 janvier 1999, qui se déroule à Marignane, réunit 2 500 délégués. Bruno Mégret y est élu « président du Front national » et fonde le Front national-Mouvement national (FN-MN), qui reprend à son compte la flamme symbolique et le programme de gouvernement du Front national. Le FN-MN, devenu « Mouvement national » à la suite de l'action en justice de Jean-Marie Le Pen, est rebaptisé Mouvement national républicain (MNR) le 2 octobre 1999. Aux élections européennes de juin 1999, le score obtenu par l'extrême droite est relativement faible : la liste conduite par Bruno Mégret obtient 3,28 % des voix contre 5,69 % pour celle du Front national. À l'issue des municipales de 2001, le maire MNR de Marignane, Daniel Simonpieri, est largement réélu, tandis que Catherine Mégret l'emporte à Vitrolles, avant de voir son élection invalidée. Les médias considèrent alors que Jean-Marie Le Pen arrive au terme de sa carrière politique. 

Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle de 2002

À la surprise générale, le 21 avril 2002, alors que le Front national est encore affaibli par la scission intervenue en 1998, Jean-Marie Le Pen accède au second tour de l'élection présidentielle avec 16,86 % et 4 804 772 voix, devançant le Premier ministre et candidat socialiste, Lionel Jospin. C'est la première fois qu'un candidat d'extrême droite accède au second tour d'une élection présidentielle. De son côté, Bruno Mégret obtient 2,34 % des suffrages. Dans l'entre-deux tours, des manifestations anti-FN se déroulent dans plusieurs villes de France et Jacques Chirac refuse de débattre avec lui dans le cadre du traditionnel débat télévisé du second tour. La quasi-totalité des candidats éliminés au premier tour appellent à voter pour Jacques Chirac, à l'exception de Bruno Mégret, qui se prononce pour Jean-Marie Le Pen, et de partis d'extrême gauche, dont Lutte ouvrière, qui ne donnent aucune consigne. Le 5 mai 2002, Jean-Marie Le Pen recueille 5 525 034 voix (17,79 %), soit le plus faible score obtenu par un candidat au second tour d'une élection présidentielle sous la Ve République. Au premier tour des élections législatives de juin suivant, le Front national obtient 11,3 % des voix et le MNR 1,1 %. En 2005, des opposants à Jean-Marie Le Pen au sein du bureau national, comme Jacques Bompard et Marie-France Stirbois, sont mis à l'écart, tandis que Louis Aliot devient secrétaire général du parti en remplacement de Carl Lang. Le 20 décembre 2006, Bruno Mégret se rallie à la candidature de Jean-Marie Le Pen en vue de l'élection présidentielle de 2007. 

Érosion électorale et difficultés financières de 2007-2010

À partir de 2007, le FN subit une importante baisse de son influence électorale. Jean-Marie Le Pen n'obtient que 10,44 % des suffrages exprimés lors de l'élection présidentielle de 2007 (soit 6,4 points de moins qu'en 2002), arrivant en quatrième position derrière Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal et François Bayrou. Le FN s'effondre ensuite à 4,3 % lors des élections législatives ayant eu lieu dans la foulée (moins 7 points par rapport au scrutin précédent). Une seule candidate, Marine Le Pen, se maintient au second tour dans sa circonscription et est battue. Ce sont les plus mauvais résultats du FN lors d'élections nationales depuis la fin des années 1980. Cet effondrement est confirmé l'année suivante, lors des élections municipales, au cours desquelles les candidats du FN, qui éprouvent souvent des difficultés financières à constituer des listes, obtiennent des résultats extrêmement faibles (0,93 % des suffrages exprimés au premier tour, 0,28 % au second et seulement une soixantaine de conseillers municipaux). Le FN ne conserve une présence que dans trois conseils municipaux de villes de plus de 100 000 habitants : Mulhouse, Perpignan et Toulon. Le bilan des cantonales ayant eu lieu simultanément apparaît moins désastreux mais confirme lui aussi une nette tendance à la baisse (4,85 % des suffrages exprimés au niveau national au premier tour, contre 12,13 % lors du scrutin précédent, en 2004). Cette baisse d'influence s'accompagne de problèmes financiers importants qui ont notamment conduit à la vente du siège du Front national à Saint-Cloud.

Le Front national doit par ailleurs faire face à la concurrence que lui oppose le MPF de Philippe de Villiers, qui défend des idées proches et qui a vu le rejoindre quelques anciens membres du FN, notamment les deux seuls maires affiliés au parti, tels Jacques Bompard, maire d'Orange, mais dont les deux fédérations corses ont rejoint le FN. Après avoir revendiqué 40 000 adhérents à l'automne 2005 — « chiffre surévalué » selon Valérie Igounet —, Jean-Marie Le Pen n'en revendique plus que 20 000 à l'occasion du congrès de Bordeaux de novembre 2007, qui voit sa réélection pour trois ans, pour la première fois par le vote des militants. Fin 2008, le parti se retrouve en difficulté financière avec une dette de huit millions d'euros et en grande perte de vitesse électorale sur fond de succession difficile à sa tête124. En octobre 2008, le parlementaire européen Jean-Claude Martinez, vice-président du Front national, fait dissidence : il annonce sa décision de présenter en juin 2009 dans la circonscription Sud-Ouest sa propre liste « MVL-Maison de la vie et de la liberté » face à celle du FN et de présenter une liste MVL dans toutes les autres circonscriptions. Un autre parlementaire européen, Fernand Le Rachinel, se rallie aussitôt à cette initiative. Le 13 novembre 2008, le député européen Carl Lang annonce qu'il monte sa propre liste dans la circonscription Nord-Ouest face à Marine Le Pen investie par le parti. Carl Lang crée le Parti de la France. L'historienne Valérie Igounet présente le départ fin 2008 de Martine Lehideux et Martial Bild, après ceux de Michel Bayvet, Fernand Le Rachinel, Myriam et Christian Baeckeroot et Michel de Rostolan, comme « la troisième scission du FN », qui prépare l'avènement de Marine Le Pen

Regains électoraux et succession de Jean-Marie Le Pen

Lors des élections régionales de 2010, où l'abstention n'a jamais été aussi forte, le parti rebondit. Avec 11,42 % des voix au premier tour, il se maintient au second tour dans douze régions, dont quatre seront remportées par la gauche sans majorité absolue des suffrages exprimés. Comparativement aux régionales de 2004, le parti perd des voix globalement, mais progresse dans toutes les régions où ses listes restent en lice et atteint 17,5 % des voix au second tour, avec notamment 18,4 % pour la liste conduite par Thierry Gourlot en Lorraine, 19,3 % pour Michel Guiniot en Picardie, 19,4 % pour France Jamet en Languedoc-Roussillon, 22,2 % pour Marine Le Pen dans le Nord-Pas-de-Calais et 22,9 % pour Jean-Marie Le Pen en Provence-Alpes-Côte d'Azur. Le 12 avril 2010, le bureau politique désigne les 15 et 16 janvier 2011 pour le prochain congrès du Front national. Celui-ci doit avoir pour but de désigner le nouveau président du parti puisque Jean-Marie Le Pen a indiqué qu'il ne serait pas candidat à sa succession. 

Deux candidats sont déclarés : Marine Le Pen et Bruno Gollnisch, tous deux vice-présidents exécutifs du parti et députés européens. Marine Le Pen est, parmi les deux candidats, celle recueillant le plus de signatures de secrétaires départementaux : soixante-huit (contre trente pour son concurrent, Bruno Gollnisch) Une campagne interne en préalable au XIVe congrès se tient, du 1er septembre au 15 décembre 2010, chacun des deux candidats en lice se déplaçant dans les différentes fédérations départementales. Les réunions de soutien à Marine Le Pen sont, le plus souvent, celles recueillant le plus de participants (jusqu'à huit cents à Paris en novembre 2010). Lors du congrès de Tours, le 16 janvier 2011, Marine Le Pen devient la présidente du parti, avec un taux de participation de 76,45 %, recueillant 67,65 % des voix. Jean-Marie Le Pen devient lui président d'honneur du parti. À l'issue du scrutin interne pour désigner son nouveau président, le parti compte 22 403 adhérents. 

Présidence de Marine Le Pen

L'arrivée de Marine Le Pen à la tête du parti est accompagnée pour le Front national par des scores importants sur plusieurs élections de suite, au point qu'elle affirme avoir bouleversé le paysage politique français en un « tripartisme. » Cette analyse est partagée par d'autres responsables politiques, de droite comme de gauche (et notamment par le premier secrétaire du Parti socialiste, Jean-Christophe Cambadélis, qui estime que « le FN s'est mis au centre de la vie politique et va être l'enjeu des prochaines élections. »). 

Stratégie de « normalisation »

« Dédiabolisation »

Depuis son arrivée à la tête du Front national, Marine Le Pen a rapidement progressé dans les enquêtes d'opinion. Selon plusieurs universitaires, ceci s'explique par une stratégie de crédibilisation et normalisation (ou pour reprendre le terme du Front national, de « dédiabolisation ») poursuivie par Marine Le Pen. Celle-ci consiste à adopter un discours plus « respectable » en s'éloignant des positions et déclarations les plus controversées de Jean-Marie Le Pen concernant l'antisémitisme, l'immigration ou l'avortement, au profit de problématiques plus sociales. Cela passe également par l'exclusion de membres parmi les plus radicaux. En février 2013, un article du quotidien Le Monde constate que le Front national « se banalise aux yeux des Français » d'après les résultats d'un sondage réalisé à intervalles réguliers par l'institut TNS Sofres, ce qui attesterait de la « réussite de la stratégie dite de « dédiabolisation » voulue et portée par Marine Le Pen ». L'universitaire Alexandre Dézé indique cependant que ces résultats sont à manier avec précaution car, selon lui, « bien d'autres résultats du baromètre 2013 montrent que le FN est encore loin d'être perçu comme un parti « normal » par la population ». Le 20 août 2015, le bureau exécutif du Front national se réunit pour sanctionner un nouveau dérapage de Jean-Marie Le Pen, datant du 4 avril 2015. Après délibération, ce bureau exécutif choisit à la majorité d'exclure le co-fondateur du parti. Cette décision suscite la réprobation de plusieurs cadres du parti. 

Programme économique

Le programme économique du Front national a été décalé sur la gauche[Quand ?] pour favoriser une approche beaucoup plus opposée à la mondialisation et étatiste du protectionnisme social. Par cette évolution, le Front national souhaite adopter une position plus classique et crédible et répondre plus directement aux inquiétudes économiques des classes populaires. Le sociologue Sylvain Crépon fait cependant remonter ce tournant plus avant, aux années 1990 et à la thématique « ni droite ni gauche… Français » : il s'agirait, selon cet auteur, d'un renouement avec les fondements de la doctrine de l'extrême droite des années 1930, incarnée alors en partie par le Parti populaire français de Jacques Doriot. Alors que Jean-Marie Le Pen défendait un programme issu du poujadisme de défense des classes moyennes et des artisans opposés à l'État, Marine Le Pen, dans le contexte de mondialisation a « gauchi » le discours libéral de son père, proposant notamment une augmentation de 200 euros pour les rémunérations en dessous de 1,4 SMIC ou encore le maintien de la retraite à 60 ans, s'adressant par ce biais à la France des « petits », victimes, selon elle, de l'ultralibéralisme et de l'Europe. 

Concurrençant le Front de gauche de Jean-Luc Mélenchon, elle projette de prélever 15 % des profits des 50 plus grands groupes économiques, une taxe de 33 % sur les délocalisations et la nationalisation temporaire des banques. Le politologue Christophe de Voogd, professeur à l'IEP de Paris, note que le discours économique de Marine Le Pen a permis l'« attraction », sinon l'« hégémonie » du FN sur les ouvriers, les jeunes sans emploi, les retraités modestes, ainsi que les agents publics paupérisés. Il relève ainsi un double phénomène depuis plusieurs années : « le passage des thèmes étatistes et égalitaristes de la gauche radicale au Front national, en même temps que celui-ci radicalisait son anti-européisme, jusqu'à prôner une sortie non seulement de l'euro mais, dans les faits, de l'Union ». Le Front national attaque l'Union européenne notamment sur trois points :

  • le rôle de la Banque centrale européenne est, selon le FN, centré sur la lutte contre l'inflation, mais pas contre le chômage ;
  • la France serait mise en concurrence économique déloyale avec des pays à bas coûts de salaire ;
  • l'ouverture totale des frontières conduirait aux délocalisations et à la désindustrialisation de la France.

La critique de la mondialisation devient le cheval de bataille de Marine Le Pen

Rassemblement national

Question sociétales

En réponse à l'évolution des mœurs et afin de ne pas se couper radicalement de la nouvelle génération militante, le discours sur le congé parental ou l'avortement rompt avec la ligne idéologique historique du parti. Cette adaptation s'inscrit dans une logique idéologique propre où l'ethnocentrisme et la question identitaire jouent toujours un rôle majeur : tandis que les anciennes générations du parti rejetaient le féminisme comme une atteinte aux valeurs françaises « traditionnelles », c'est au nom de celles-ci et en opposition aux cultures supposées « archaïques » et « patriarcales » de l'islam que les nouvelles générations opèrent ce retournement. Laurent de Boissieu relève que le FN est « le seul grand parti, avec Debout la France de Nicolas Dupont-Aignan, à s'être engagé à « abroger » le mariage homosexuel en cas d'accession au pouvoir. Pour autant, il ne s'est pas créé dans sa mouvance l'équivalent de Sens commun pour l'UMP puis LR. […] Surtout, le FN n'a jamais appelé à participer aux « manifs pour tous » de 2013-2014 […]. Le politologue Gaël Brustier analysa que le parti d'extrême droite avait cherché un « point d'équilibre », qu'il résume dans la formule « conserver Saint-Nicolas-du-Chardonnet et conquérir le Marais ! » Pour les couples de même sexe, le FN entend remplacer la possibilité de se marier par un « PACS amélioré » ou une « union civile », sans effet rétroactif. Selon le Cevipof, 32,45 % des couples gay mariés ont voté pour le FN au premier tour des élections régionales de 2015 durant lequel le FN a enregistré 27,73 % des voix au niveau national.

Le FN s'oppose dans son premier programme de 1973 à « l’avortement légal libre » et appelle à « aménager la législation actuelle en confiant à une commission médico-sociale le soin de se prononcer sur les cas possibles de l’interruption de la grossesse » ; il voit à la fois dans l'IVG une « régression morale » et une menace contre l'« essor démographique ». Il fait campagne contre la loi Veil, qu'il présente comme un « génocide anti-français ». Valérie Igounet souligne que pour le FN de l'époque, « se battre contre l’avortement équivaut avant tout à lutter contre l’immigration ». L'abrogation de l'IVG figure dans ses programmes jusqu'en 2002 : « à partir des années suivantes, le parti de Jean-Marie Le Pen envisage d’y revenir par référendum ». Peu après son accession à la présidence du FN, Marine Le Pen juge « impératif de rétablir les conditions d’un véritable choix, ce qui passe par l’information, des aides financières aux familles et l’adoption prénatale », et entend « cesser de rembourser l’avortement » ; durant sa première campagne présidentielle, « Marine Le Pen tient un double langage » selon Valérie Igounet, entre la défense « de ne pas avorter » dans le programme et le positionnement pour le « déremboursement de l’IVG de confort » par ailleurs, en cas de besoins budgétaires. Le programme de Marine Le Pen pour l'élection présidentielle de 2017 n'évoque pas ce sujet. 

Formation des candidats et des cadres

La normalisation passe également par la formation des cadres du parti et une présence locale accrue, avec la création, en septembre 2012, d'une délégation nationale aux actions de proximité, confiée au conseiller régional du Languedoc-Roussillon Julien Sanchez, et sur la ruralité, l'agriculture et l'environnement, questions désormais gérées par Leif Blanc, ancien journaliste au Figaro Magazine et Paris Match. D'autre part, le Front national relance une dynamique de formation interne interrompue depuis la scission mégrétiste, avec la mise en place de la formation Campus bleu Marine (CBM) en janvier 2013, sous la direction de Louis Aliot. Celle-ci propose des modules consacrés aux élections municipales (avec l'objectif de réaliser plus de 600 formations de candidats et de constituer 500 listes pour le printemps 2014), à la communication et aux actions de terrain, prolongés par des ressources en ligne.
Si les contenus ne diffèrent pas fondamentalement de ceux mis en place par Carl Lang via le Secrétariat général du Front dans les années 1990, cette nouvelle stratégie de formation s'en distingue par l'origine des formateurs eux-mêmes, le plus souvent étrangers à l'extrême droite radicale. Cependant, il existe une tension entre d'une part ce souci de formation des cadres à une culture de gouvernement qui fait défaut, associé au nouveau courant technocratique représenté par Florian Philippot, contesté au sein du parti, et d'autre part le discours populiste sur le thème « nous sommes composés de gens populaires ancrés dans la vraie vie » qui est l'une des particularités du Front national. 

Relations avec la nébuleuse des droites extrêmes

À partir de 2011, sous l'entreprise de normalisation de Marine Le Pen, le Front national rompt plus ouvertement avec les mouvances des droites extrêmes qui poursuivent avec lui de longue date des stratégies d'alliance ou d'entrisme, au moins dans la mesure où il s'agit des plus voyantes dans les médias. On voit ainsi les Jeunesses nationalistes révolutionnaires de Serge Ayoub ou d'une manière générale « toute personne ayant un look crâne rasé » être exclues du défilé emblématique du 1er mai, notamment via des instructions adressées aux secrétaires départementaux du Front. 

Limites de l'évolution idéologique

Plusieurs analystes et chercheurs estiment que cette évolution idéologique est limitée. Nicolas Lebourg, historien et chercheur à l'université de Perpignan, estime que « [la] vision du monde [de Marine Le Pen] correspond à la structure profonde du national-populisme, le courant structurant de l'extrême droite française [pour lequel] il faut privilégier le rapport direct entre le sauveur et le peuple, par-delà la trahison d'élites fatalement corrompues. Il est l'apologiste d'un nationalisme fermé recherchant une unité nationale mythique et altérophobe. Il joint des valeurs sociales de gauche et des valeurs politiques de droite (ordre, autorité, etc.) ». Pour l'historien Stéphane François, « Marine Le Pen reste quand même dans la continuité de son père, notamment lorsqu'elle cherche à se présenter comme la protectrice des classes populaires […] La rupture est plutôt à chercher dans le style de Marine Le Pen, qui rompt réellement avec celui de son père ». Le politologue Jean-Yves Camus souligne pour sa part que « les exclusions de militants trop marqués par le néo-fascisme, la reconnaissance par Marine Le Pen de la Shoah comme d'une « abomination », son rejet sincère du négationnisme et du nazisme, ont également pour limite la persistance au sein du FN de noyaux militants radicaux dont la vision du monde a pour base la nécessité de répudier toutes les idées fondatrices de la démocratie libérale, avec une fixation particulière contre l'antiracisme, l'égalitarisme et l'universalisme166 ». Le magazine Marianne recense ainsi nombre de déclarations antisémites après 2010 qui n'ont fait l'objet d'aucune sanction par le parti. Des candidats investis par le FN aux élections départementales de 2015 sont également mis en cause pour des propos haineux.

De même que Sylvain Crépon, Jean-Yves Camus considère que cette stratégie de normalisation se heurte au besoin du Front national de rester une force « anti-système » pour conserver sa crédibilité auprès de ses militants : à trop se normaliser, le Front national courrait le risque de se couper de sa base historique. De fait, dans une étude comparée des discours électoraux de Jean-Marie et Marine Le Pen, Marion Ballet, chercheuse en sciences politiques à l'université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, montre que « les marqueurs affectifs de la culture frontiste demeurent invariables sur la période étudiée, de 1988 à 2012, et ne se trouvent pas affectés par le changement de leadership au FN » : loin de se rapprocher du discours des partis de gouvernement, celui du Front national reste caractéristique d'un parti hors système, les thèmes de l'indignation et de la peur y étant toujours les plus présents et « la passion nationale fortement sollicitée, tandis que les appels à l'espoir demeurent peu nombreux et dirigés vers un avenir lointain ». Plusieurs politologues estiment qu'il y a deux Front national : le FN « philippiste » (du nom du vice-président Florian Philippot, dont la ligne est suivie par Marine Le Pen) ou FN « du Nord » (en référence à son implantation géographique), aux positions souverainistes et protectionnistes, et le FN « lépeniste » (du nom de l'ancien président Jean-Marie Le Pen) ou FN « du Sud », moins étatiste et plus sensible aux questions identitaires. 

Marine Le Pen à 17,90 % et retour du FN à l'Assemblée en 2012

Aux élections cantonales de 2011, le FN parvient à se maintenir dans 402 cantons, sous le slogan « Contre le système UMPS : la vague bleu Marine ». La tactique du « front républicain » permet de contenir la performance du Front national, qui obtient seulement deux conseillers généraux (dans le Var et le Vaucluse). Deux mois plus tard, le 16 mai 2011, la candidature de Marine Le Pen à l'élection présidentielle de 2012 est validée à l'unanimité par le bureau politique du FN. Dans le même temps, les intentions de vote en sa faveur diminuent et elle est à nouveau donnée troisième dans l'optique du premier tour. Le 19 novembre 2011, salle Équinoxe à Paris, Marine Le Pen présente son projet présidentiel. Elle entend fermer la parenthèse de l'« hyper-libéralisme » et du « mondialisme », et redonner à la France son indépendance en matière diplomatique, monétaire, économique, commerciale, industrielle, sociale, démographique, culturelle, de défense, d'éducation et d'organisation institutionnelle. Elle prône une politique qui inverse le mouvement de désindustrialisation et de délocalisation afin de revenir au plein emploi, à l'équilibre de la balance commerciale et du budget de l'État.

Elle présente à la presse, le 12 janvier 2012, un plan de désendettement de la France et le chiffrage de son programme sur cinq ans. Ses principales mesures sont, du côté des recettes, la sortie de l'euro et le retour à une monnaie nationale, l'instauration de taxes sur les marchandises et les services importés, la baisse de la contribution française au budget communautaire, une réduction importante de l'immigration et le rapatriement de tous les clandestins, la lutte contre la fraude fiscale et sociale ; du côté des dépenses, elle se prononce pour une augmentation des budgets de la fonction publique de l'État (justice, police, défense nationale, recherche fondamentale), de la formation professionnelle, des budgets d'investissements d'infrastructures (SNCF) et de recherche pour les énergies alternatives, une aide au financement et à l'installation des TPE et des PME, l'augmentation de 200 euros net de tous les salaires inférieurs à 1,4 fois le Smic par une exonération des cotisations sociales, l'augmentation de la prise en charge de santé pour les plus pauvres (régime de base), pour les zones rurales (soins de proximité), pour la lutte contre les maladies de Parkinson et d'Alzheimer (recherche), et une réévaluation de l'allocation aux adultes handicapés (AAH).

Selon ses partisans, Marine Le Pen peine à obtenir les 500 signatures d'élus nécessaires pour être candidate à l'élection présidentielle. En décembre 2011, elle saisit le Conseil d'État afin d'obtenir l'anonymat des parrainages car, selon elle, les élus seraient soumis à des pressions ; le Conseil constitutionnel, saisi, dans le cadre de cette procédure, d'une question prioritaire de constitutionnalité, ne déclare pas contraire à la Constitution la disposition législative qu'elle contestait. Les déclarations de Marine Le Pen sur ses difficultés à recueillir ses parrainages sont parfois présentées comme un « bluff » qui aurait pour objectif de faire parler d'elle dans les médias. Le 13 mars 2012, Marine Le Pen obtient finalement les signatures nécessaires. Durant sa campagne présidentielle, Marine Le Pen adopte un rythme hebdomadaire de meetings qui s'accélère après l'entrée en campagne officielle du président sortant, Nicolas Sarkozy. La candidate FN, qui donne parfois la parole aux participants, y est écoutée par un public généralement moins nombreux que pour ses concurrents (entre 1 200 et 6 500 participants). Des difficultés de financement de sa campagne l'empêchent de tenir meeting, comme prévu, en outre-mer, à Auxerre et à Clermont-Ferrand. Marine Le Pen doit également abandonner l'idée d'une seconde convention présidentielle à Lyon, les 7 et 8 avril 2012, au profit d'un simple meeting régional.

Totalisant 6 421 426 voix, soit 17,90 %, au premier tour, Marine Le Pen termine troisième de cette élection présidentielle. Elle réalise un résultat supérieur à ceux de son père Jean-Marie Le Pen, qui avait obtenu son meilleur score en 2002, avec 16,86 % des suffrages au premier tour. Alors que certains membres de son parti sont tentés d'appeler à voter pour Nicolas Sarkozy au second tour, elle ne donne pas de consigne de vote et indique qu'elle votera blanc. Dans un entretien publié dans le no 176 de la revue Le Débat, Marcel Gauchet et Jean-François Kahn notent, qu'après cette élection, le FN est devenu l'opposant universel à la gauche, mais aussi à la droite. Le remplacement du discours plutôt libéral de Jean-Marie Le Pen par celui, étatiste et social de sa fille, « a renoué avec le ressort d'une des alliances les plus fortes dans le champ politique français, celle de l'aspiration nationale et de l'aspiration sociale », sans toutefois que le parti puisse pour l'instant participer au pouvoir, les auteurs concluant : « impossible de gouverner sans lui, impossible de gouverner avec lui ». En vue du scrutin législatif, Marine Le Pen annonce, le 24 mars 2012, la constitution d'une coalition « souverainiste et patriote », le Rassemblement bleu Marine (RBM), qui comprend le Front national, d'autres structures (Souveraineté, indépendance et libertés, Entente républicaine) et des personnalités politiques comme l'avocat Gilbert Collard. Pour présenter au niveau national la campagne du RBM, Marine Le Pen tient meeting le 1er juin 2012 dans le 15e arrondissement de Paris, salle Équinoxe, où le Front national organise couramment ses réunions.

L'appellation de « Rassemblement bleu Marine » pour désigner cette plateforme législative est perçue comme un possible changement de nom à venir du FN par certains commentateurs. Marine Le Pen et plusieurs cadres du Front national (Florian Philippot, Louis Aliot) précisent qu'une réflexion peut éventuellement être engagée, mais après les élections législatives et en tenant compte de l'avis des militants frontistes. Jean-Marie Le Pen affirme alors son refus de principe à tout changement de dénomination du parti. Marine Le Pen se présente aux élections législatives de 2012 dans la onzième circonscription du Pas-de-Calais, qui couvre notamment Hénin-Beaumont, ville dans laquelle le Front national est bien implanté (47,6 % à l'élections municipales partielles de juillet 2009). Dans le cadre de sa candidature, elle obtient le ralliement du parti souverainiste Souveraineté, indépendance et libertés (Siel) et de Jacques Peyrat (ancien sénateur et maire de Nice, président de l'Entente républicaine). Dans le cadre de cette élection, Marine Le Pen se présente notamment face à Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de gauche à l'élection présidentielle de 2012.

Au premier tour des élections législatives, les candidats du FN obtiennent 3 528 663 voix, soit 13,6 % des suffrages exprimés, en net recul par rapport à l'élection présidentielle du mois précédent, mais en forte progression par rapport au premier tour des élections législatives de 2007. Au second tour, 61 candidats FN se maintiennent. Deux sont élus députés à l'occasion de triangulaires face à des candidats PS et UMP. Ainsi, émerge sur la scène politique nationale la petite-fille du fondateur et la nièce de la présidente, Marion Maréchal, qui l'emporte dans la 3e circonscription du Vaucluse. L'avocat médiatique Gilbert Collard, apparenté FN, est élu dans la 2e circonscription du Gard. C'est le retour du FN à l'Assemblée nationale, après la période 1986-1988 (l'élection remportée en 1997 ayant été invalidée). En revanche, le porte-parole de campagne de Marine Le Pen, Florian Philippot, dont l'élection était envisagée en Moselle, échoue face au candidat du PS, avec 46,3 % des suffrages exprimés au second tour. Marine Le Pen pour sa part, obtient le meilleur résultat des candidats de son parti au premier tour (42,3 % des suffrages exprimés), loin devant le candidat socialiste Philippe Kemel (23,7 %), pour qui tous les candidats éliminés appellent à voter. Au second tour, elle recueille 49,89 %, battue d'une centaine de voix par Philippe Kemel. Elle dépose ensuite un recours auprès du Conseil constitutionnel, mais celui-ci sera rejeté. 

Succès aux élections municipales et européennes de 2014

Le 12 juillet 2012, Florian Philippot et Jean-François Jalkh deviennent vice-présidents du parti, chargé de la stratégie et de la communication pour le premier (qui fait également pour la première fois son entrée au bureau exécutif), et chargé des affaires juridiques et des élections pour le second. Le FN compte désormais cinq vice-présidents au total avec Louis Aliot, Marie-Christine Arnautu et Alain Jamet. À cette occasion, la délégation générale est supprimée, et Louis Aliot passe de la vice-présidence chargée du projet à celle chargée de la formation et des manifestations. L'historien Nicolas Lebourg et le documentariste Joseph Beauregard notent que Florian Philippot a « peu ou prou obtenu ce que n'avait eu aucun numéro deux, la fusion sous son autorité de prérogatives relevant de la présidence, du secrétariat général et de la délégation générale ». Le Front national annonce en octobre 2012 la constitution de listes « Bleu Marine » - listes d'union dans le cadre du Rassemblement bleu Marine dans plusieurs villes ; plusieurs centaines de têtes de listes FN et/ou RBM sont d'ores et déjà investies par la commission nationale d'investiture du mouvement :

  • Paris : La tête de liste FN à Paris pour les élections municipales de 2014 est Wallerand de Saint-Just, conseiller régional et trésorier du FN. Il est investi le 1er décembre 2012.
  • Marseille : La tête de liste FN à Marseille pour les élections municipales de 2014 est Stéphane Ravier, conseiller régional de Provence-Alpes-Côte d'Azur et membre du bureau politique du Front national.
  • Lyon : Pressenti comme tête de liste FN aux élections municipales de 2014 à Lyon depuis l'hiver 2011, Christophe Boudot, secrétaire départemental du mouvement dans le Rhône, confirme sa candidature le 16 mars 2013 sur le site Lyon capitale. Quelques semaines plus tôt, la fédération FN du Rhône met en place un site se voulant le « Cahier de doléances virtuel des Lyonnais, Les Lyonnais parlent aux Lyonnais », voulant recueillir l'avis des habitants de Lyon sur le bilan du maire sortant, le socialiste Gérard Collomb.

Les sondages à l'approche du scrutin des élections municipales de 2014 prédisent une percée du parti. Pour Le Figaro, cela s'explique par la nouvelle stratégie du FN visant à nationaliser son implantation et présenter le maximum de candidats, ce qui n'était pas le cas auparavant ; d'autre part, cela se conjugue avec l'évolution de la sociologie de ses électeurs, conquérant des parts dans les milieux populaires, ruraux et, fait nouveau, dans les zones périurbaines. Toujours distancé par le PS et l'UMP, il ambitionne en 2014 de se maintenir au second tour dans de grandes villes en provoquant des triangulaires. Si le FN se fixe l'objectif de présenter autant de listes que possibles (20 000 candidats au total), l'expérience limitée de ses effectifs en comparaison des autres principaux partis le conduit à mobiliser les réseaux familiaux. Au bilan, il obtient 1 544 sièges de conseillers municipaux, et plusieurs communes dont Hénin-Beaumont (Steeve Briois) dès le premier tour, Fréjus (David Rachline), le Septième secteur de Marseille (Stéphane Ravier), Beaucaire (Julien Sanchez), Villers-Cotterêts, Hayange, Le Pontet, Le Luc, Cogolin, Mantes-la-Ville. À Béziers, la liste de Robert Ménard, soutenue par le FN, emporte le second tour, de même qu'à Camaret-sur-Aigues.

En vue de constituer un groupe au Parlement européen à la suite des élections européennes de 2014, le Front national lance un certain nombre de négociations avec des partis politiques des États membres de l'Union susceptibles de partager ses positions. En janvier 2014, une alliance est ainsi conclue avec la Ligue du Nord. À l'issue du scrutin, le FN arrive en tête, avec 24,86 % des voix, et remporte 24 sièges (nombre ensuite réduit à 23 après que Joëlle Bergeron a quitté le FN). Il s'agit dans son histoire de la première élection nationale où le FN arrive en première position. En réaction à sa victoire, quelques manifestations d'étudiants ont lieu, mais elles mobilisent bien moins qu'après le premier tour de l'élection présidentielle de 2002, qui avait vu Jean-Marie le Pen se qualifier pour le second tour.

Entrée du parti au Sénat

À l'issue des élections sénatoriales de 2014, le FN fait pour la première fois son entrée au Sénat, avec deux élus : Stéphane Ravier, dans les Bouches-du-Rhône, et David Rachline, dans le Var. Ce dernier, en tant que benjamin, comme l'est Marion Maréchal à l'Assemblée nationale, tient l'urne de l'élection du président. 

David Rachline

David Rachline

Enracinement aux élections locales de 2015

Durant la campagne des élections départementales de 2015, plusieurs sondages donnent le FN en tête du scrutin ou talonnant l'alliance UMP-UDI. Lors du premier tour, le FN arrive en deuxième position au niveau national, derrière le bloc de droite. Il est le premier parti de France si l'on considère les résultats par partis, ce qui témoigne de son « enracinement » sur le territoire alors que ce type d'élections ne lui est généralement pas favorable. Le parti frontiste réalise de bons scores dans ses fiefs électoraux, notamment dans les villes gagnées aux municipales. Il gagne plusieurs cantons dès le premier tour et se qualifie à de nombreux endroits pour le second tour, notamment dans 37 des 41 cantons du Nord.

Tandis que le Premier ministre, Manuel Valls, se félicite de la victoire des « formations républicaines », le FN réalise un score jamais atteint jusque-là lors d'élections locales (5 142 177 voix en sa faveur), le record précédent ayant été établi aux régionales de 2004 (3 564 064 bulletins). À l'issue du second tour, le Front national obtient finalement 62 conseillers départementaux, mais échoue à être majoritaire dans les départements de Vaucluse et de l'Aisne, qu'il convoitait. Il remporte 31 cantons en une seule session électorale, alors qu'il n’avait remporté que 22 élections au scrutin majoritaire avant 2014 (17 cantons et 5 circonscriptions législatives). 

Élection présidentielle de 2017

À l'issue du premier tour, Marine Le Pen se qualifie pour le second tour avec Emmanuel Macron, en arrivant en deuxième position, avec 21,3 % des suffrages exprimés. Dans l'entre-deux-tours de l'élection présidentielle de 2017, Marine Le Pen, qualifiée pour le second tour, se met « en congé » de la présidence du FN, conduisant Jean-François Jalkh à prendre les rênes du parti par intérim en tant que premier vice-président du parti, selon l'article 16 des statuts du FN. Il se retire trois jours après devant la polémique suscitée par des propos négationnistes tenus en 2000. Il est alors remplacé par Steeve Briois. Après une deuxième semaine de campagne d'entre-deux-tours jugée médiocre, notamment lors du traditionnel débat télévisé, Marine Le Pen recueille 33,90 % des voix face à Emmanuel Macron. Ce score est inférieur aux prévisions, ce qui lui attire des critiques au sein même du Front national et conduit à l'exclusion de plusieurs membres du parti.

Élections législatives de 2017

Lors des élections législatives de 2017, huit députés du FN ou soutenus par le FN sont élus : Marine Le Pen, Louis Aliot, Gilbert Collard, Emmanuelle Ménard, Bruno Bilde, Sébastien Chenu, Ludovic Pajot et José Évrard. 

Restructuration et processus de renommage du parti

Oppositions internes et départ de Florian Philippot

Le résultat obtenu par Marine Le Pen à l'élection présidentielle de 2017, en deçà des attentes, suscite des débats internes sur la ligne du parti, qui doit être définie lors de son XVIe congrès, repoussé à mars 2018. La rivalité entre Marion Maréchal et Florian Philippot ne s'éteint pas avec le retrait de la première de la vie politique. Deux camps défendent deux lignes antagonistes : le premier, plutôt identitaire et conservateur quant à l'histoire du parti, est représenté par Louis Aliot et Nicolas Bay ; le second, tenté par la remise à plat de l'identité du FN, a pour meneur Florian Philippot et comme principal soutien Sophie Montel. Ces derniers, avec plusieurs autres élus, finissent par quitter le parti, le 21 septembre 2017, formant Les Patriotes. Cette scission est sans commune mesure avec celle de 1998-1999, qui avait conduit au départ de plus de 60 % des cadres du parti. Le nombre d'adhérents du parti est également en baisse en décembre 2017, et il est annoncé que Marine Le Pen ne dirigera pas la liste FN aux élections européennes de 2019. 

Consultation des adhérents et changement des statuts

En novembre 2017, Marine Le Pen lance une « grande consultation des adhérents » sous la forme de 80 questions portant sur les évolutions à apporter à la ligne (notamment sur une éventuelle sortie de la zone euro), à l'organisation interne du parti et permettant de mieux connaître le profil et le positionnement politique des militants. En janvier 2018, Marine Le Pen annonce qu'elle envisage le changement de nom du parti, dans un contexte de modifications visant à renouveler le parti, notamment au niveau organisationnel. Le 11 mars 2018, lors du congrès de Lille, 79 % des adhérents approuvent les nouveaux statuts du parti, ce qui transforme notamment le comité central en conseil national (dont la composition est renouvelée) et supprime la fonction de président d'honneur, jusqu'alors occupée par Jean-Marie Le Pen. Marine Le Pen, seule candidate, est réélue à la tête du parti. Dans son discours de clôture, Marine Le Pen propose comme nouveau nom du parti « Rassemblement national » et indique que l'option sera soumise au vote des militants. 

Changement de nom

Le nom, « fusion sémantique de Front national et Rassemblement bleu Marine », rappelle celui du groupe FN-RN, présent à l'Assemblée nationale de 1986 à 1988, qui est une référence pour Marine Le Pen. L’historienne Valérie Igounet, rappelle que les termes « rassemblement » et « national » ont déjà une histoire, « un sombre passé » :

  • en 1941 pendant l'occupation allemande, accolés à « populaire », ils sont utilisés par Marcel Déat pour nommer le Rassemblement national populaire (RNP), un mouvement politique français fasciste et collaborationniste qui espère devenir le parti unique sous le régime de Vichy ;
  • en 1954, Jean-Louis Tixier-Vignancour, avocat et homme politique d'extrême-droite, fonde le Rassemblement national français (RNF).

La flamme tricolore stylisée, adoptée en 1972 et inspirée de celle du mouvement néo-fasciste italien MSI, reste le symbole graphique du parti. Cependant, le logotype « Rassemblement national » reprenant la flamme du FN (sur fond de croix de Lorraine) a déjà été déposé à l'Institut national de la propriété industrielle (INPI), dès le 30 décembre 2013, par Frédérick Bigrat qui se revendique comme président de l'association « Rassemblement national ». Le 12 mars 2018, Igor Kurek, souverainiste anti-FN, gaulliste et ancien proche de Charles Pasqua, qui se présente également comme président du Rassemblement national, revendique la propriété de la marque et promet de faire appel à la justice si le nouveau nom est adopté. Le lendemain, Marine Le Pen et Nicolas Bay annoncent des poursuites pour « utilisation frauduleuse » de la flamme et du nom qui aurait été déposé dès 1986 par le FN. Cependant, cet enregistrement, qui doit être renouvelé tous les dix ans, n'est pas répertorié sur le site de l'INPI. 

Par ailleurs, le Front national affirme avoir « chargé […] un de ses avocats d'acquérir les droits de cette marque ». L'achat ayant été réalisé sous seing privé entre Me Frédéric-Pierre Vos, proche de Marine Le Pen, et Frédérick Bigrat, le 22 février 2018. Cependant, Kurek annonce vouloir poursuivre Bigrat pour « escroquerie », ajoutant que la dissolution du mouvement n'a pas été annoncée. Pour Delphine Meillet, avocate au barreau de Paris : « En plus de se voir rappeler l’interdiction d’utiliser ce nom, le parti pourrait être condamné à verser des indemnités pour le préjudice commis. Celui-ci est notamment considéré plus important si la marque a effectivement été utilisée », ajoutant que « dans ce genre de cas, seule l'antériorité du dépôt de la marque compte. Le FN ne peut pas s’approprier un nom déposé plusieurs années avant. Il peut, certes, tenter de racheter la marque auprès du propriétaire. Mais celui-ci doit être accord, et cela peut se négocier très cher, à plusieurs dizaines de milliers d’euros ». La consultation des adhérents a lieu par courrier à partir du 9 mai. Avec 53 % de participation et 80 % des votes en faveur du changement de nom, le Front national annonce officiellement, le 1er juin 2018, que sa nouvelle dénomination est « Rassemblement national ». 

Contestation sur la propriété de la marque

Cette appellation est une nouvelle fois contestée par Igor Kurek ; en évoquant le fait que la préfecture de police n'a pas validé la demande de dissolution de l'association Rassemblement national — faite en mars par Frédérick Bigrat — (puisque considérée comme non régulière), il annonce, le 2 juin, une procédure en référé afin de voir suspendre la vente sous seing privé de la marque à Frédéric-Pierre Vos. Selon LCI, Frédéric-Pierre Vos « a décidé d'assigner à son tour Igor Kurek en « contrefaçon », afin de pouvoir transmettre la marque Rassemblement national à Marine Le Pen dans de bonnes conditions ». Pour le Courrier international, « en attendant la décision de la justice, la relance du parti d’extrême droite prend ainsi la tournure d’un obscur feuilleton ». 

Le 14 septembre 2018, le tribunal de Paris aurait dû examiner cette affaire qui dure depuis mars, afin de trancher sur le fond, avec : « D'un côté, l'avocat du Front national, Frédéric-Pierre Vos, [qui] soutient qu'il a racheté en bonne et due forme la marque à Frédérick Bigrat, […] De l'autre, Igor Kurek, président du microparti Rassemblement national, [qui] prétend que ledit Bigrat n'avait aucun droit de vendre ce nom dès lors qu'il l'avait acheté pour le compte de son mouvement ». Frédéric-Pierre Vos a demandé un report de l'audience. En mai 2019, Igor Kurek assigne Marine Le Pen et Frédéric Bigrat au tribunal de Nanterre pour « contrefaçon ». 

Élections européennes de 2019

Les élections européennes de 2019 sont les premières élections du parti sous l'appellation « Rassemblement national ». Le 6 janvier 2019, le bureau exécutif du RN approuve la décision de Marine Le Pen, qui a choisi Jordan Bardella, porte-parole du mouvement et directeur national de Génération nation, pour conduire sa liste au scrutin européen. Pour Lucie Soullier (Le Monde), « Jordan Bardella ne dépasse jamais de la ligne tracée par sa patronne ». Le 8 janvier, Thierry Mariani — qui « place l'identité et l'immigration au cœur du débat européen » — et Jean-Paul Garraud annoncent quitter Les Républicains pour rejoindre la liste du RN. Le programme européen du parti, dénommé « Pour une Europe des nations et des peuples », est présenté le 15 avril 2019 : « Le parti d'extrême-droite propose de “rétablir le contrôle aux frontières nationales”, mais également “d'en finir avec la concurrence déloyale organisée par Bruxelles” en abrogeant notamment la directive sur le travail détaché. Concernant les institutions, le RN propose de supprimer la Commission européenne pour “redonner le pouvoir aux peuples”. Plus question donc de sortir de l'UE ou de la zone euro mais le RN veut promouvoir une “Alliance européenne des nations” et “sauver l'Europe de l'UE”. ». À l’issue d'un scrutin marqué par une hausse de la participation de 7,7 points par rapport à celui de 2014, le Rassemblement national recueille 23,3 % des suffrages exprimés et envoie 22 eurodéputés au parlement de Strasbourg. Jean-Lin Lacapelle, 23e sur la liste, prend ses fonctions le 1er février 2020, à la suite du retrait du Royaume-Uni de l'Union européenne. 

Élections municipales de 2020

Lors de sa campagne pour les élections municipales de 2020, Marine Le Pen met toujours l'accent sur l'immigration et l'insécurité, « thématiques au cœur du programme des candidats dans leurs villes respectives » selon Jérôme Fourquet, mais s'appuie également sur les concepts de « localisme » — déjà présent en bonne place dans le programme des élections européennes — et de « démétropolisation » pour mieux lutter contre le « mondialisme » et « l'arrogante fatuité des prétendues élites » : selon Le Point, « son discours populiste porte une cohérence philosophique inédite ». Première personnalité politique à avoir déclaré sa candidature à l'élection présidentielle de 2022, elle présente les élections locales comme un instrument de conquête du pouvoir présidentiel, conformément à sa ligne stratégique depuis son accession à la présidence du parti en 2011. 

Selon le décompte de L'Opinion, le RN dépose moins de 400 listes lors de ces élections, contre environ 600 lors des municipales de 2014, se donnant pour objectif de présenter des listes moins nombreuses mais plus solides. Le RN conserve huit des dix villes remportées en 2014, avec des victoires nettes et souvent acquises dès le premier tour, mais voit ses scores reculer par rapport à 2014, perd Mantes-la-Ville (Yvelines), Le Luc (Var) ainsi que le 7e secteur de Marseille (défaite de Stéphane Ravier) ; le parti remporte quelques nouvelles mairies, dont surtout Perpignan avec Louis Aliot, ainsi que trois plus petites villes dans le Vaucluse (Morières-lès-Avignon, Bédarrides et Mazan), Moissac en Tarn-et-Garonne et Bruay-la-Buissière dans le Pas-de-Calais. Le RN perd un peu plus de 40 % de ses effectifs dans les conseils municipaux, passant d'environ 1 500 élus en 2014, à environ 850 élus, au lieu de plusieurs milliers escomptés. 

Programme

Priorité nationale

L'un des éléments majeurs du programme du Front national est le concept de la « préférence nationale » (ou « priorité nationale »), qui peut se résumer dans l'idée que toute personne de nationalité française (indépendamment de son origine) doit avoir la priorité sur les logements, les aides sociales et les emplois (à compétences égales) par rapport aux étrangers. Parmi les exemples d'application de la priorité nationale :

  • les allocations familiales seraient réservées aux familles dont un parent au moins est français ou européen ;
  • si un Français et un étranger sont tous deux candidats à une même offre d'emploi, et que ces deux personnes ont un diplôme et des compétences a priori relativement équivalentes, l'entreprise devrait engager le Français ou justifier que l'étranger serait plus performant.

Pour Jean-Yves Camus, le programme du Front national tient du nativisme plutôt que du racisme ou de la xénophobie. Nicolas Lebourg relève lors de la campagne présidentielle de 2017 que « jadis pierre angulaire du programme social, la préférence nationale n’apparaît plus que comme l’un des dispositifs du « patriotisme économique » et s'avère « également réduite dans ses dispositifs » ; cependant, la proposition de l'inscription dans la Constitution de la « priorité nationale » « ouvre un champ bien plus vaste que celui de la taxation salariale » prônée par ailleurs par le FN pour l’emploi des salariés étrangers.

Laïcité

  • Inscription dans la constitution du texte suivant : « La République ne reconnaît aucune communauté ».
  • Création d'un ministère de l'Intérieur, de l'Immigration et de la Laïcité.
  • Interdiction de « toutes pratiques racistes, sexistes et discriminatoires, en particulier dans les lieux publics ». Par exemple, le halal serait interdit dans les cantines scolaires tout comme les horaires séparés dans les piscines municipales.
  • Interdiction d'attribuer des subventions publiques aux associations estimées communautaristes.
  • Abrogation de la discrimination positive.

Immigration

Le rejet de l'immigration n'est que brièvement évoqué dans les premiers documents et meetings du FN, associé au besoin de maintenir l'unicité raciale des Français. Jean-Marie Le Pen reconnait néanmoins auprès d'Ordre nouveau, qui le critiquait sur ce point, que « l’immigration constitue un thème de propagande exceptionnel dans les milieux travailleurs ». François Duprat, alors membre du bureau politique, préconise d'insister sur le thème de l'anti-immigration afin de rallier davantage de sympathisants, auxquels il conviendrait ensuite d'expliquer le « vrai problème » que constituerait les juifs. Évoquant la thématique anti-immigration, Valérie Igounet souligne que « Jean-Marie Le Pen ne la surexploite pas durant les premiers temps. Il se rend réellement compte de son intérêt lors des élections législatives du printemps 1978 ». En 1995, Jean-Marie Le Pen demande l'arrêt de toute immigration. Cette position est réitérée en 2002 et 2007. En 2012, il n'est plus question d'arrêter toute immigration. Il apparait un chiffrage avec un objectif de réduire les entrées par an à 10 000 au lieu de 200 000. En 2015, le Front national modifie son objectif chiffré, il apparait la notion de solde migratoire. Il adopte les positions suivantes :

  • réduction de l'immigration légale, et plus précisément du solde migratoire, à 10 000 par an283 ;
  • suppression du droit du sol, suppression de la double nationalité sauf avec les pays de l'Union européenne, et durcissement des conditions de naturalisation ;
  • remise en cause de l'accord de Schengen sur la libre circulation des personnes ;
  • suppression de l'aide médicale d'État (AME) ;
  • suppression du regroupement familial.

En 2016, le programme économique du FN mis à jour évoque de nouveau une réduction de l’immigration à 10 000 entrées légales annuelles. Pascal Perrineau relève en 2014 que « sans disparaître, le thème de l'immigration cède du terrain à celui de l'islamisme. La religion musulmane et ses dérives commencent à incarner l'ennemi politique par excellence, contre lequel se mobilisent les inquiétudes et les énergies. Depuis 2001, la tonalité anti-islamiste du nationalisme FN s'est beaucoup accentuée ». Alors que le FN souhaite « aboutir à un solde de l’ordre de 10 000 étrangers par an », Jean-Yves Camus souligne qu'« il veut l’arrêt total de l’immigration maghrébine et conditionne la « grande politique de développement de l’Afrique » à « l’inversion des flux migratoires » en provenance de ce continent, soit, en pratique, au renvoi dans leurs « pays d’origine » des étrangers en situation légale originaires de ce continent, sans qu’on comprenne bien si le parti opère une distinction entre les originaires du Maghreb (géographiquement situé en Afrique) et ceux d’Afrique dite « noire ». 

Bruno Mégret

Bruno Mégret

Économie

Si l'économie demeure un sujet secondaire pour le FN comme pour les autres mouvements de droite radicale populiste en Europe qui privilégient « les questions culturelles relatives à l'immigration, à la sécurité ou à la défense des valeurs traditionnelles », le programme du parti a accordé une plus grande importance à ce sujet à l'occasion des élections législatives de 1993 et présidentielle de 2012, sous l'impulsion respective de Bruno Mégret et Marine Le Pen, avec pour objectif de renforcer sa crédibilité. Par une analyse empirique, l'universitaire Gilles Ivaldi remarque que sur le plan économique, le FN est passé « d'une position essentiellement droitière depuis le milieu des années 1980 à une localisation à la gauche de l'axe économique en 2012 », avec « l'adoption progressive d'un agenda redistributif et interventionniste ». Il souligne cependant que le parti conserve « notamment un ensemble de marqueurs néolibéraux forts sur les questions relatives à l'assistanat, à la décentralisation ou au rôle des organisations syndicales ». Pour élaborer son programme économique, le mouvement s'est entouré de plusieurs « experts » du domaine tels que Bernard Monot, Philippe Murer (proche de Jacques Sapir), Thibaut de La Tocnaye ou encore Jean-Richard Sulzer. Le Front national se montre hostile au « mondialisme », aux excès de la mondialisation, qu'il qualifie de « sauvage », et entend la réguler par un protectionnisme « intelligent ». 

Il souhaite renforcer certains droits de douane et mettre en place un « patriotisme économique » en privilégiant les entreprises établies en France, notamment lors des appels d'offres publics. En 2016, le FN promet d'entrer en négociation avec l'Union européenne et, en cas d'échec, d'organiser un référendum sur la sortie de l'euro comme monnaie unique. S’il envisage un temps de passer à un euro-franc sur le modèle d'une monnaie commune, le parti exclut finalement à partir de 2019 la sortie de la France de la zone euro. En 2007, le programme de Jean-Marie Le Pen fixe l'âge de départ à la retraite à 65 ans. En 2012, Marine Le Pen déclare : « L’objectif doit être fixé de revenir le plus rapidement possible au principe de 40 annuités de cotisation pour pouvoir bénéficier d’une retraite à taux plein. L’âge légal sera progressivement ramené à 60 ans ; pour les travailleurs ayant débuté leur activité professionnelle précocement, des négociations par branche et par secteur détermineront les modalités d’une possible dérogation à cette règle des 60 ans. » En 2015, Nicolas Bay retient un seul élément du programme : le principe de 40 annuités et non le départ légal à 60 ans. De même, Wallerand de Saint-Just considère que le programme évoque la retraite au bout de 40 annuités de travail et pas une retraite à 60 ans.

Sécurité

Instauration de la réclusion criminelle à perpétuité réelle ou rétablissement de la peine de mort. L'alternative entre ces deux possibilités serait proposée aux Français par référendum. L'historienne Valérie Igounet relève en 2016 que « le FN est le seul parti politique à demander le rétablissement de la peine de mort. Pratiquement depuis qu’il existe, le Front national se prononce pour. C’est même une de ses revendications phares qui, à partir des années 2000, évolue » jusqu'à ce que Marine Le Pen propose un référendum sur le sujet (et non plus le rétablissement lui-même) en novembre 2011, dans le cadre de la campagne présidentielle de 2012, tout en se prononçant pour le rétablissement à titre personnel. D'après Valérie Igounet, ce changement peut s'expliquer par le fait que Florian Philippot, Marion Maréchal et Gilbert Collard y sont quant à eux opposés. D'après une enquête menée au lendemain des élections régionales de 2015, les sympathisants du FN sont les seuls à droite à être majoritairement favorables au rétablissement de la peine de mort. En 2017, le rétablissement de la peine capitale disparaît des propositions du Front national, au profit de la « perpétuité réelle », même si Marine Le Pen laisse aux Français la possibilité de rétablir la peine de mort par référendum d'initiative populaire.

  • Construction de 45 000 nouvelles places de prison.
  • Abaissement de la majorité pénale de 18 à 15 ans.
  • Reconstitution en cinq ans des effectifs de police et de gendarmerie supprimés depuis 2005.
  • Sanctions renforcées contre les délinquants récidivistes. Suppression de prestation sociale (aides, logements, RSA, etc.) versée aux récidivistes délinquants ou criminels justiciables d'une peine d'un an de prison ou plus.

Internet

Concernant Internet, le Front national a la position suivante :

  • Libertés fondamentales garanties, renforcées voire constitutionnalisées.
  • Mise en place d'une licence globale.
  • Opposition ferme à tout instrument tentant de réduire la liberté sur Internet tel qu'ACTA, HADOPI ou LOPPSI.
  • Interdiction des cryptomonnaies et monnaies virtuelles et décentralisées, notamment le bitcoin.

Réforme constitutionnelle

L'instauration du référendum d'initiative populaire figure dans tous les programmes du Front national depuis que Jean-Marie Le Pen a déposé une proposition de loi en ce sens à l’Assemblée nationale, le 21 octobre 1987. Lors de sa campagne présidentielle de 1995, le FN défend l'avènement d'une « VIe République » qui serait une « République populiste », approuvée par référendum et prévoyant, selon les termes de Jean-Marie Le Pen, « le référendum d'initiative populaire en complément d'un système parlementaire rénové et réellement démocratique ». En 2013, le Front national entend, dès son accession au pouvoir, soumettre à référendum une révision de la Constitution portant sur les aspects suivants :

  • Élection du président de la République pour un mandat non renouvelable de 7 ans.
  • Ne permettre les réformes constitutionnelles que par référendum.
  • Modification et sanctuarisation du statut des DOM-TOM dans la Constitution.
  • Référendum d'initiative populaire inscrit dans la Constitution en lieu et place de l'actuel référendum d'initiative partagée (quasi inapplicable en pratique).
  • Scrutin proportionnel à toutes les élections.

Environnement et énergie

En 1985, le FN lance un « cercle national pour la défense de la vie, de la nature et de l'animal », chargé d'investir la thématique montante de l'environnement. D'après l'historienne Valérie Igounet, le FN intègre pour la première fois l'écologie à son programme à l'occasion du congrès de Nice de 1990, comme gage de crédibilité : il indique alors que l'écologie « nationale » est « une préoccupation qui s’inscrit dans la défense de notre identité […] ». Le parti lance en décembre 2014 le collectif « Nouvelle écologie » qui a pour slogan : « pour une écologie patriote ». Pour Stéphane François, le programme écologiste du FN demeure « très superficiel », « loin des propositions écologistes faites par Bruno Mégret dans les années 90. De fait, le FN ne s'est jamais réellement intéressé à l'écologie, qui était considérée comme une activité de « bobo » par Jean-Marie Le Pen. Mais le parti sait qu'il y a un réservoir de voix à conquérir. Non pas chez les écologistes (qui ne voteront pas pour le FN), mais chez certains propriétaires d'animaux de compagnie et chez ceux qui sont choqués par l'abattage rituel ». Marine Le Pen estime que « l'écologie est totalement cohérente avec les thèses économiques défendues par le Front national, notamment la lutte contre le libre-échange ».

En vue de l'élection présidentielle de 2017, le FN rejette l'abandon du nucléaire, prône la réduction de moitié de la part des énergies fossiles en vingt ans, soutient le maintien de l’interdiction de l’exploitation des gaz de schiste et défend le développement des énergies renouvelables. Il défend par ailleurs la taxation des grandes entreprises étrangères telles que Coca-Cola pour économiser sur les frais de transport et les bouteilles en plastique. En 2018, Mediapart estime que si « officiellement, le parti ne nie pas le changement climatique », en fait « il bloque toute mesure susceptible de l’atténuer. Les quinze eurodéputés RN se sont opposés ces dernières années aux huit résolutions les plus importantes sur le changement climatique adoptées à Bruxelles : ils ne voulaient ni ratifier l’accord sur le climat conclu dans leur propre capitale entre 196 nations, ni limiter, en juin de cette année, les émissions de CO2 des petites voitures et des voitures plus lourdes ».

Lors de la campagne pour les élections européennes de 2019, la tête de liste du RN, Jordan Bardella, définit le point fort du projet écologique du parti comme étant le « localisme ». Pour lui, l'État ne pratique que « l'écologie punitive », qui « criminalise les Français ». Il ajoute que l'on « pénalise toujours les mêmes : ceux qui ont besoin de prendre leur voiture pour aller au travail ». Afin de répondre à « l'urgence climatique », la meilleure solution est selon lui de cesser les « traités de libre-échange ». Considérant que ce sont les « super tankers » qui « traversent l'océan » qui polluent, il préfère favoriser « l'agriculture locale ». Ainsi, le RN se veut, durant cette campagne, le parti du « bon sens », qui défend le « localisme » avant le « mondialisme ».

Relations internationales

Le parti entend faire de l'Europe une « Europe des nations » basée sur la coopération entre chaque État européen qui disposerait pleinement de sa souveraineté.

  • Rétablissement de la primauté du droit national sur le droit européen.
  • Renégociation radicale des traités européens afin de reconquérir la souveraineté nationale.

Le positionnement du FN au sujet de l'OTAN a varié au cours de son histoire. Lors de sa campagne présidentielle de 1974, Jean-Marie Le Pen prône la réintégration de la France dans le commandement intégré. En 2007, il propose la sortie de l'OTAN. Sous sa présidence, Marine Le Pen prône la sortie du commandement intégré de l'OTAN. Marine Le Pen se montre favorable à la tenue d'un référendum sur une sortie de la France de l'Union européenne. L'universitaire Emmanuelle Reungoat indique en 2015 : « Si l'on peut identifier des évolutions dans les discours sur le projet européen impulsés par la direction mariniste depuis le début de l'année 2011, la critique de l'Union européenne (UE) constitue une ligne doctrinale stable du programme du FN depuis la fin des années 1980. Ce discours de dénonciation s'est cependant durci ces dernières années. Ce durcissement est selon nous à réinscrire dans la continuité de pratiques traditionnelles propres au parti et ne constitue pas, dans cette mesure, un véritable changement de cap » ; il s'inscrit également dans le contexte d'une banalisation de la critique de l'Union européenne au sein des partis de gouvernement depuis le référendum de 2005.

Dans son premier programme présidentiel, en 1974, Jean-Marie Le Pen défend une « européanisation des forces armées » face à la « menace soviétique ». En 1978, le programme économique du FN appelle à la formation d'« une monnaie européenne ». Emmanuelle Reungoat souligne qu'au milieu des années 1980, et notamment lors des élections européennes de 1984, le FN met en avant une « posture nationaliste pro-intégrationniste », sur laquelle il revient en raison du renforcement du processus d'intégration et de l'arrivée en son sein de « nouveaux membres très critiques de la CEE, Yvan Blot et Jean-Claude Martinez notamment », dans un contexte où le RPR est quant à lui « de plus en plus ambigu et divisé sur sa posture européenne » et « ouvre progressivement à droite un espace au souverainisme ». Le FN a ainsi « su, au cours des deux dernières décennies et malgré les entreprises partisanes concurrentes, se faire identifier comme un opposant majeur de l'intégration […] ». 

Jean-Yves Camus souligne que le programme de politique étrangère du FN se rattache au courant réaliste et se caractérise par « la volonté d’un monde multipolaire et, plus spécifiquement encore, [par] la croyance dans l’éternité de la France, non pas en tant que construction perpétuellement en devenir, comme c’est le cas, à gauche comme à droite, chez ceux attachés à la Nation citoyenne, mais en tant que permanence ethno-nationale, que l’immigration extra-européenne ne devrait venir modifier qu’à la marge, sous la condition expresse d’une totale assimilation culturelle. » Le FN entend promouvoir une « Europe-puissance dégagée de la sphère d’influence américaine », qui s'appuierait sur « une alliance trilatérale Paris-Berlin-Moscou ». Jean-Marie Le Pen soutient Vladimir Jirinovski, candidat de l'extrême droite russe à l'élection présidentielle de 1996, et en appelle, lors d'une visite à Moscou en 2005, à la création d’un « espace boréal (…) chrétien, humaniste, au niveau de vie plus haut qu’ailleurs », de l’Europe de l’Ouest à la Russie et à la Biélorussie. Le positionnement pro-russe du FN s'accentue à partir de 2012, avec des visites régulières de Marine Le Pen et de cadres à Moscou, et en particulier avec la crise de Crimée en 2014. Il s'agit du seul parti européen dont il a été prouvé qu'il a bénéficié d'aide financière russe. Un tel positionnement montre « des changements notables par rapport aux années 1980, lorsque le contexte de la guerre froide imposait encore au FN de se positionner du côté du « monde libre » contre le bloc communiste ».

Culture

En ce qui concerne la charte européenne des langues régionales ou minoritaires, les députés du FN votent contre la proposition de loi visant à sa ratification, le 28 janvier 2014. Au lendemain du vote, Marion Maréchal affirme l'attachement du parti aux langues régionales, mais pointe un désaccord concernant les langues minoritaires étrangères. Le parti ne souhaite en effet pas que ces langues soient enseignées et reconnues : « Il s’agit donc d’un texte susceptible de menacer l’unité de la France et l’assimilation républicaine ». Dans un communiqué publié sur le site du Front national quelques mois plus tard, le collectif Mer et Francophonie indique que « la seule langue en danger en France est la langue française ».

Positionnement

Sur l'axe gauche-droite

Une part importante des historiens, des philosophes et des politologues classent le Front national comme un parti d'extrême droite ou le situent à la « droite de la droite ». Est également évoqué le rattachement à une famille particulière de « l'extrême droite » ; le qualificatif de « national-populisme » ayant été utilisé. Michel Winock et Pascal Perrineau le classent sous cette appellation dans Histoire de l'extrême droite en France (1994), en distinguant le FN des mouvements habituellement classés sous cette catégorie (GUD, Jeunesses identitaires, etc.). Dans La France politique : XIXe-XXe siècles (1999), Michel Winock définit le FN comme la conjonction de toutes les familles de l'extrême droite française : contre-révolutionnaire, pétainiste, fasciste, OAS. À l'inverse de René Rémond, Michel Winock, s'appuyant sur diverses déclarations, considère que le FN est radicalement hostile à l'essentiel de l'héritage légué par la Révolution française et à ses valeurs (exprimées par le droit-de-l'hommisme, qui était violemment dénoncé par Jean-Marie Le Pen).

En 2014, l'universitaire français Grégoire Kauffmann, enseignant à Institut d'études politiques de Paris et spécialiste des droites radicales, rejette la classification du Front national à l'extrême droite, distinguant plusieurs différences entre ce parti et les mouvements d'extrême droite historique : le FN, contrairement aux ligues des années 1930, refuse l'usage de la violence politique ; l'extrême droite s'« autodiabolise », tout au contraire du FN qui cherche son intégration pleine et entière dans le paysage politique français. Il affirme également que le FN a politiquement évolué, notamment sur la question de l'antisémitisme, Marine Le Pen se distinguant profondément de l'héritage laissé par Jean-Marie le Pen, connu pour ses « saillies » dans ce domaine. Grégoire Kauffmann classe quant à lui le FN comme étant de « droite radicale ».

Dès les débuts du parti, la classification à l'extrême droite est contestée par les dirigeants du Front national. En 1996, Jean-Marie Le Pen rejette le qualificatif d'extrême droite car « ce mot reste subliminalement attaché à une certaine violence ». En octobre 2013, Marine Le Pen affirme que « le fait d'affubler le Front national de ce terme volontairement péjoratif d'extrême droite est une faute déontologique de la part des journalistes, un acte de militantisme et une bavure intellectuelle » et qu'il s'agit d'« une manière de mener une guerre sémantique contre le FN […] pour l'enfermer dans un amalgame avec des comportements ou d'autres mouvements qui sont éminemment critiquables ». Elle annonce aussi son intention de poursuivre en justice ceux qui continueraient à utiliser cette expression pour qualifier le FN. À la suite de ces déclarations, un sondage de l'institut YouGov indique que 57 % des 936 personnes interrogées considèrent que le FN est un parti d'extrême droite et que 32 % des sympathisants du FN sont d'accord avec ce qualificatif.

Jean-Marie Le Pen a défini son parti comme appartenant à ce qu'il appelle la « droite nationale » ou la « vraie droite ». C'est dans cette logique que sa première délégation au Parlement européen était celle du Groupe des droites européennes. Dans ses discours, en revanche, Jean-Marie Le Pen prétend que le FN n'est « ni de droite ni de gauche » ou encore qu'il est « socialement de gauche et économiquement de droite ». Marine Le Pen affirme elle aussi que le Front national n'est « ni de droite, ni de gauche ». Les membres du FN ont par ailleurs tendance à remettre en cause l'axe gauche-droite, notamment en critiquant la proximité et l'interchangeabilité des partis de gouvernement, à travers des expressions comme « la bande des quatre », « UMPS » ou « RPS ». Selon le politologue Laurent Bouvet, le FN reprend certaines thématiques morales et économiques de la gauche, comme la lutte contre la mondialisation, la sortie de l'Europe libérale ou l'égalité des sexes, pour continuer un combat d'extrême droite.

Néanmoins, les alliances ou volontés d'alliance du FN ou de ses membres avec d'autres partis ou personnalités politiques concernent, à quelques exceptions près, des partis ou personnalités issus de la droite. De la même manière, les personnalités du FN laissent souvent entendre qu'ils sont prêts à accueillir les déçus de partis de droite (par exemple lors de la crise de la présidence de l'UMP entre Jean-François Copé et François Fillon en 2012). Le géographe social Christophe Guilluy, tout comme le sociologue Sylvain Crépon, mettent en avant le rôle déterminant des effets négatifs de la mondialisation sur le vote des milieux populaires, où, selon eux, la bipolarisation droite-gauche n'existerait plus. Si Christophe Guilly souligne que « bien évidemment, le Front national ne capte pas toutes les classes populaires. La majorité se réfugie dans l'abstention », il relève cependant que « la sociologie du FN est une sociologie de gauche. Le socle électoral du PS repose sur les fonctionnaires tandis que celui de l'UMP repose sur les retraités, soit deux blocs sociaux qui sont plus protégés de la mondialisation. La sociologie du FN est composée à l'inverse de jeunes, d'actifs [hors fonction publique] et de très peu de retraités. » 

Il insiste sur ce qu'il estime être un diagnostic majoritaire, « rationnel [et] pertinent » des classes populaires sur la mondialisation et le multiculturalisme, et sur le fait que « le regard porté sur les électeurs du FN est scandaleux. On les pointe toujours du doigt en rappelant qu'ils sont peu diplômés. Il y a derrière l'idée que ces électeurs frontistes sont idiots, racistes et que s'ils avaient été diplômés, ils n'auraient pas voté FN ». Selon le politologue Jean-Yves Camus, « compte tenu des idéologies auxquelles le terme « extrême droite » renvoie, dans l'histoire, le terme est à utiliser avec précaution : le FN n'est pas fasciste. Il reste qu'il est perçu, sur un axe politique représenté de manière linéaire (de gauche à droite), comme la formation la plus « à droite » du spectre politique français. La proportion cumulée de ses sympathisants qui le classent « à droite » ou « à l'extrême droite » suffit à démolir le discours frontiste du « ni droite, ni gauche ». S'il est incontestable que les racines historiques du FN se trouvent à l'extrême droite, il serait plus juste de parler aujourd'hui de parti national populiste et identitaire ». Dans des sondages de 2013 et 2015, 78 % des Français considèrent le Front national comme un parti d'extrême droite alors que 32 % des sympathisants frontistes le considèrent d'extrême droite, et 32 % « à droite ».

Sur le rapport à la République

En 2014, Grégoire Kauffmann estime que le FN est une force politique républicaine, car participant aux élections et respectant les institutions démocratiques. En 2015, le politologue Jean-Yves Camus, spécialiste de l'extrême droite, indique ne pas avoir « vu, dans son programme, qu'il aurait l'intention de mettre en place un système politique qui ne soit pas républicain » ; il estime en revanche qu'« il existe un certain nombre de présupposés dans la République française que ne partage pas le FN », dont le droit du sol. Selon Joël Gombin, « la difficulté aujourd’hui est que personne ne peut dire sérieusement que le Front national n’est pas républicain : il faudrait prouver que le parti ne respecte pas les institutions républicaines. Certains font preuve d’habileté sémantique en affirmant qu'il respecte en effet ces institutions mais qu’il remet en cause les valeurs de la République. Or, elles ne sont pas assez clairement définies pour que cela prouve quoi que ce soit. Le PS a déjà accusé à de nombreuses reprises l'UMP de ne pas les respecter. Ils n’appellent pas au Front républicain contre l’UMP pour autant ».

Autres qualificatifs

Le qualificatif « populiste » est assez unanimement utilisé par les historiens et politologues de l'Institut d'études politiques de Paris, mais est critiqué par les membres du laboratoire de Michel Dobry, professeur à l'université Paris-I. Ainsi dès 1984, Pierre-André Taguieff parle de « national-populisme » pour qualifier le Front national. En 1988, René Rémond reprend ce qualificatif et parle de « résurgence du populisme ». Néanmoins, dans l'actualisation de son œuvre de référence Les Droites en France, il reprend l'expression « extrême droite » pour dire qu'elle est en France principalement représentée électoralement par le Front national qui se présente « comme la seule vraie droite », reprochant aux autres d'avoir trahi leurs valeurs, trompé leurs électeurs, et d'être de connivence avec la gauche (la « bande des quatre »)e Dans son interview donnée le 6 octobre 2005 au journal Le Figaro, René Rémond confirme que le Front national « s'inscrit dans le cadre de la démocratie représentative », « ne se confond pas non plus avec celles des droites qui rejettent l'héritage de 1789 », qualifiant au passage Jean-Marie Le Pen de « fils de la Révolution » et réaffirme que « l'appellation qui est proposée de populiste me convient assez bien » car « si elle ne définit pas l'idéologie de cet « extrémisme de droite », elle caractérise sa stratégie et désigne sa sociologie ». Quant à l'épithète de « tribunitienne », René Rémond rappelle qu'elle est aussi appropriée, car il s'agit là d'une « fonction critique exercée par une démagogie qui exploite tous les sujets de mécontentement ». Il note par ailleurs que cette épithète a été introduite dans le vocabulaire politique par Georges Lavau à propos du Parti communiste français. Les représentants du Front national définissent leur mouvement en utilisant des qualificatifs comme patriote, populiste ou encore souverainiste.

Rapport au fascisme

L'historien Pierre Milza, spécialiste du fascisme, et Guy Antonetti, professeur d'histoire contemporaine à Paris II, ne classent pas le FN parmi les partis fascistes361. Michel Dobry, professeur à Paris I, est plus enclin à qualifier le FN de parti « fascisant » que de parti fasciste. En 2005, le philosophe politique Pierre Manent écrit : « Assurément, les partis dits « xénophobes » comme le Front national en France, ou le Parti libéral en Autriche, peuvent susciter malaise et inquiétude. Les écarts calculés de langage de leurs chefs, même suivis de rétractations, justifient qu'on soupçonne leurs intentions. Mais en vérité, ils ressemblent peu aux partis fascistes. Ils n'ont rien de l'ardeur conquérante de ces derniers, ils n'exercent pas la violence contre leurs adversaires politiques, ils ne proposent aucun projet de refonte révolutionnaire des institutions politiques et sociales… ».

En 2007, l'ancien Premier ministre Lionel Jospin déclare : « Pendant toutes les années du mitterrandisme, nous n'avons jamais été face à une menace fasciste, donc tout antifascisme n'était que du théâtre. Nous avons été face à un parti, le Front national, qui était un parti d'extrême droite, un parti populiste aussi, à sa façon, mais nous n'avons jamais été dans une situation de menace fasciste, et même pas face à un parti fasciste. » En 2013, le Premier secrétaire du Parti socialiste, Jean-Christophe Cambadélis, fait écho à ces considérations en rejetant le qualificatif de « fasciste » pour le Front national. Au contraire, Jean-Luc Mélenchon n'a pas hésité à qualifier de « fasciste » Marine Le Pen, celle-ci l'ayant attaqué en justice pour injure, une procédure déboutée par le tribunal correctionnel de Paris. Marine Le Pen fait appel mais perd à nouveau. Son avocat prévoit de former un pourvoi de cassation. Pour le politologue Pierre-André Taguieff, cette accusation tient du « discours polémique et ne se fonde sur aucune étude consistante ».

Thématiques

En 2011, dans le domaine de la politique économique, le Front national prétend défendre notamment la sortie de la France de la zone euro, l'instauration de protections douanières, la nationalisation de certains secteurs stratégiques. Par ailleurs, le Front national souhaite la réduction massive de l'immigration, et que la France sorte de l'OTAN. Les critiques pointent notamment le flou et le caractère inachevé du programme de Marine Le Pen, le recyclage opportuniste des idées d'autres partis ou celles d'intellectuels opposés au Front national, et l'irréalisme de certaines propositions. Le sociologue Sylvain Crépon montre, pour ce qui est du militantisme au sein de ce mouvement dans les années 2000 et 2010, la permanence du « vieux fond nationaliste de l'extrême droite française, dont l'une des principales caractéristiques idéologiques consiste à se montrer hermétique aux valeurs universalistes des droits de l'homme », et surtout celle de la question identitaire qui « constitue, aujourd'hui encore, la pierre angulaire de l'idéologie du nouveau lepénisme ». 

Organisation interne

Présidents

Vice-présidents 

Secrétaires généraux 

  • Alain Robert
  • Dominique Chaboche
  • Victor Barthélemy
  • Alain Renault
  • Pierre Gérard
  • Jean-Pierre Stirbois
  • Carl Lang
  • Louis Aliot
  • Jean-François Jalkh

Présidents

Vice-présidents 

  • Alain Jamet
  • Florian Philippot
  • Marie-Christine Arnautu
  • Louis Aliot
  • Jean-François Jalkh
  • Nicolas Bay
  • Steeve Briois (actuel)
  • Jordan Bardella (actuel)

Secrétaires généraux 

  • Steeve Briois
  • Nicolas Bay
  • Poste supprimé en 2018
Schéma du fonctionnement interne du Rassemblement national

Schéma du fonctionnement interne du Rassemblement national

Instances

Les principales instances du RN sont les suivantes :

  • le bureau exécutif ;
  • le bureau politique, devenu le bureau national en 2018 ;
  • le comité central, devenu le conseil national en 2018.

Les cofondateurs du parti se sont inspirés de l'organigramme du Parti communiste français (« comité central », « bureau politique », « bureau exécutif »). En 1998, Ariane Chebel d'Appollonia remarque que « l'organigramme du parti s'est […] complexifié depuis 1984. Deux caractéristiques retiennent l'attention : l'autorité incontestée et incontestable de Jean-Marie Le Pen qui décide seul, par exemple, de la convocation du Congrès ou du Bureau politique ; le dédoublement des instances locales et nationales, chaque responsable contrôlant son vis-à-vis selon le traditionnel et efficace adage « diviser pour mieux régner ». Extérieur à l'organigramme, le bureau exécutif concentre en vérité l'essentiel des pouvoirs ». Les instances sont revues lors du congrès de Lille de 2018. Le « comité central » devient le « conseil national », et le « bureau politique » le « bureau national ». Le bureau exécutif ne change pas de nom, mais le secrétariat général disparaît, un seul poste de vice-président est conservé et la fonction de président d'honneur est supprimée.

Bureau exécutif

Le bureau exécutif du parti est considéré comme le « gouvernement resserré » du bureau national. Composition actuelle (depuis le 11 mars 2018) : 

  • Présidente : Marine Le Pen ;
  • Vice-président : Steeve Briois, Jordan Bardella (à partir du 16 juin 2019)
  • Trésorier : Wallerand de Saint-Just ;
  • Membres du bureau : Louis Aliot, Nicolas Bay, Bruno Bilde, Sébastien Chenu, Jean-François Jalkh, David Rachline.

Composition du bureau exécutif entre 2011 et 2018

Du 21 septembre 2017 au 11 mars 2018

  • Présidente : Marine Le Pen
  • Président d'honneur : Jean-Marie Le Pen
  • Secrétaire général : Nicolas Bay
  • Trésorier national : Wallerand de Saint-Just
  • Vice-président aux exécutifs locaux et à l'encadrement : Steeve Briois
  • Vice-président chargé de la formation et des manifestations : Louis Aliot
  • Vice-présidente chargée des affaires sociales : Marie-Christine Arnautu
  • Vice-président chargé des affaires juridiques : Jean-François Jalkh
  • Responsable du pôle communication : David Rachline
  • Porte-parole : Julien Sanchez, maire de Beaucaire et président du groupe FN au conseil régional d'Occitanie, Sébastien Chenu, député, Jordan Bardella, conseiller régional d’Île-de-France et secrétaire départemental de Seine-Saint-Denis.
  • Modification de la composition du bureau du 30 septembre 2017 : Nicolas Bay est nommé vice-président et Steeve Briois lui succède à la tête du secrétariat général.

Du 30 novembre 2014 au 21 septembre 2017

  • Présidente : Marine Le Pen
  • Président d'honneur : Jean-Marie Le Pen
  • Secrétaire général : Nicolas Bay
  • Trésorier national : Wallerand de Saint-Just
  • Vice-président aux exécutifs locaux et à l'encadrement : Steeve Briois
  • Vice-président chargé de la formation et des manifestations : Louis Aliot
  • Vice-présidente chargée des affaires sociales : Marie-Christine Arnautu
  • Vice-président chargé des affaires juridiques : Jean-François Jalkh
  • Vice-président chargé de la stratégie et de la communication : Florian Philippot

En janvier 2016, Jean-Lin Lacapelle, conseiller régional d'Ile-de-France, est promu secrétaire général adjoint auprès de Nicolas Bay. En avril 2016, Alexandre Dézé, dans la revue Pouvoirs, observe qu'« il reste certes, au sein du bureau exécutif, quelques « historiques » du parti (Jean-François Jalkh, adhérent depuis 1974, Wallerand de Saint-Just et Marie-Christine Arnautu, adhérents depuis 1987) mais, avec l’exclusion de Jean-Marie Le Pen, ce sont désormais les proches de sa fille qui prédominent (Steeve Briois, Louis Aliot, Nicolas Bay, Florian Philippot) ».

Du 12 juillet 2012 au 30 novembre 2014

  • Présidente : Marine Le Pen
  • Président d'honneur : Jean-Marie Le Pen
  • Secrétaire général : Steeve Briois
  • Trésorier national : Wallerand de Saint-Just
  • Premier vice-président : Alain Jamet
  • Vice-président chargé de la formation et des manifestations : Louis Aliot
  • Vice-présidente chargée des affaires sociales : Marie-Christine Arnautu
  • Vice-président chargé des affaires juridiques et des élections : Jean-François Jalkh
  • Vice-président chargé de la stratégie et de la communication : Florian Philippot

Pascal Perrineau relève que « sur les neuf membres de cette instance, cinq sont issus de la première génération militante de l'extrême droite — Jean-Marie Le Pen, Alain Jamet, Wallerand de Saint-Just, Marie-Christine Arnautu et Jean-François Jalkh — et trois de la deuxième génération — Marine Le Pen, Steeve Briois et Louis Aliot —, le renouveau se marquant davantage par l'âge des artères que par un changement idéologique et politique. Florian Philippot, adhérent depuis 2008, est le seul à venir d'autres horizons, en l'occurrence celui de la gauche souverainiste. L'instance dirigeante du parti témoigne donc de la permanence d'une certaine culture politique, celle de l'extrême droite française ».

Alexandre Dézé relève la disparition en 2012 de la délégation nationale, « mise en place par Bruno Mégret en 1988, parallèlement au secrétariat général créé en 1972, puis supprimée en 2007 avant de réapparaître en 2011 pour un bref moment. Son rôle était tout à fait stratégique puisque la délégation avait notamment en charge les aspects études, formation, communication et propagande et qu’elle constituait l’espace partisan traditionnellement dévolu au numéro deux du parti. Sa disparition, a priori définitive, constitue assurément une rupture avec l’héritage organisationnel du Front national de Jean-Marie Le Pen ».

Du 20 janvier 2011 au 12 juillet 2012

  • Présidente : Marine Le Pen
  • Président d'honneur : Jean-Marie Le Pen
  • Secrétaire général : Steeve Briois
  • Trésorier national : Wallerand de Saint-Just
  • Délégué général : Jean-François Jalkh
  • Premier vice-président : Alain Jamet
  • Vice-président chargé du projet : Louis Aliot
  • Vice-présidente chargée des affaires sociales : Marie-Christine Arnautu
Rassemblement national

Bureau national

Le bureau national se réunit sur convocation du président et a le rôle de conseil d'administration6. Ses membres sont désignés par le président sur validation du conseil national. 

Conseil national

Formé de 100 personnes élues par les adhérents et de 20 personnalités cooptées par le président du parti, le conseil national débat de l'orientation générale du parti.

Autres instances

D’autres instances existent : commission de discipline, commission d'investiture, conseil national des élus locaux.

Composition en date du 23 octobre 2019 :

  • Membres du bureau exécutif : Marine Le Pen, Steeve Briois, Jordan Bardella, Wallerand de Saint-Just, Louis Aliot, Nicolas Bay, Bruno Bilde, Sébastien Chenu, Jean-François Jalkh, David Rachline
  • Membres désignés : Gilbert Collard, Sylvie Beaulieu, Sandrine D’angio, Eric Domard, Jean-Patrick Fillet, Alexis Jolly, Jean-Lin Lacapelle, Hélène Laporte, Philippe Olivier, Mathilde Paris, Gilles Pennelle, Kévin Pfeffer, Julien Sanchez.

Composition de la Commission des Conflits

Composition en date du 23 octobre 2019 :

  • Membres : Wallerand de Saint-Just,Bruno Bilde, Jean-François Jalkh, Eric Domard, Michel Guiniot, Mathilde Androuët.

Controverses et affaires

Jean-Marie Le Pen

Un scandale éclate le 13 septembre 1987, lorsque le président du FN, Jean-Marie Le Pen, déclare au Grand Jury RTL-Le Monde, en réponse à une question sur la contestation, par des négationnistes, de l'utilisation par les nazis de chambres à gaz homicides : « Je n'ai pas étudié spécialement la question mais je crois que c'est un point de détail de l'histoire de la Deuxième Guerre mondiale ». Face à la réaction du journaliste, il répond : « Non, la question qui a été posée, c'est de savoir comment ces gens ont été tués ou non ». Son argumentation reposera plus tard, notamment lors de la conférence de presse du 18 septembre à l'Assemblée nationale, sur le fait que ces chambres à gaz ne sont pas le seul lieu où des gens ont perdu la vie pendant la Seconde Guerre mondiale et, qui plus est, ne sont pas mentionnées dans les Mémoires sur la Seconde Guerre mondiale de Winston Churchill (Plon, 1953). Plus tard, à l'occasion du cinquantième anniversaire de la libération du camp d'Auschwitz, il exprimera ses regrets pour avoir blessé lors de sa précédente déclaration, puis, le 31 janvier 1995, il fit, à la demande de Florence Belkacem, un instant de silence à la mémoire des victimes juives du nazisme. Ces propos seront pourtant réitérés en 1997 en Bavière (pour lesquels il sera à nouveau condamné), en 2008 dans le magazine Bretons, puis en séance du Parlement européen le 25 mars 2009 qui avait antérieurement levé son immunité parlementaire le 6 octobre 1998 pour les propos de 1997. 

Provocations à la haine raciale

Au cours de son histoire, des membres et les personnes ayant partagé l'étiquette du FN ont été de nombreuses fois condamné pour incitation à la haine raciale. En 1997, après que son mari a été déclaré inéligible car il avait dépassé le plafond autorisé des dépenses de campagne, Catherine Mégret est élue maire de Vitrolles sous l'étiquette Front National. Le 9 mars 1998, elle est condamnée à trois mois de prison avec sursis et 50.000 francs d'amende pour "complicité de provocation à la haine raciale". Catherine Mégret avait notamment déclaré à un quotidien allemand que "les immigrés (...) font des gamins pour toucher les allocations, ils ne les élèvent même pas". Le 4 avril 1991, Jean-Yves Le Gallou, président du groupe FN au conseil régional d'Ile-de-France, est condamné à 6.000 francs d'amende pour "provocation à la haine raciale". Lors d'un municipale partielle à Colombes, le FN avait diffusé un tract affirmant que les logements HLM de la ville étaient réservés aux Africains et musulmans, et accusant le maire communiste de la ville de faire de Colombes "une république musulmane soviétique". 

Micro-parti Jeanne

Le 9 septembre 2015, dans le cadre des enquêtes autour du micro-parti Jeanne et de l'agence de communication Riwal, le Front national est mis en examen en tant que personne morale. Le 5 octobre 2016, le parti est renvoyé devant le tribunal correctionnel pour « complicité d’escroquerie au préjudice de l’État lors des élections législatives de 2012 et recel d’abus de bien sociaux ». Neuf autres personnalités physiques ou morales sont également appelées à comparaître. Le procès se tient en novembre 2019 devant la 11e chambre correctionnelle du tribunal de Paris. Le parquet fait état d’« une « litanie d’escroqueries » destinées à « détourner de l’argent public de manière systémique » » et réclament des condamnations pour plusieurs personnalités du parti, dont Frédéric Chatillon, Jean-François Jalkh, Axel Loustau et Wallerand de Saint-Just, ainsi qu’une amende pour le RN. Par jugement rendu le 16 juin 2020, seul Axel Loustau est relaxé et le tribunal condamne les neuf autres personnalités physiques ou morales à différentes peines. L'ex-Front national est, pour sa part, condamné à une amende de 18 750 eurosi pour « recel d’abus de biens sociaux », le tribunal ne retenant pas l'accusation d'escroquerie. Les parties disposent d'un délai de vingt jours pour faire appel. 

Emplois présumés fictifs

L'affaire des assistants parlementaires du Front national au Parlement européen est une affaire politique et judiciaire portant sur des soupçons d'emplois fictifs concernant les assistants parlementaires des députés européens du parti français Front national (dénommé Le Rassemblement national (RN) depuis le 1er juin 2018) siégeant au Parlement européen entre 2012 et 2017. Cette affaire commence en 2014. Les députés sont soupçonnés d'avoir employé ces assistants pour servir les intérêts de leur parti sans travailler réellement sur les dossiers européens. Dans le cas où ces accusations seraient fondées, cela correspondrait à des emplois fictifs financés par le contribuable européen, constituant un délit représentant un préjudice évalué entre 5 millions d'euros (entre 2012 et 2017) et 7,5 millions d'euros (entre 2010 et 2016). En décembre 2017, le Front national, en tant que personne morale, a été mis en examen pour complicité et recel d’abus de confiance, dans le cadre de l’affaire des assistants parlementaire européens. Parmi les personnalités mises en examen par la justice française pour détournement de fonds publics ou complicité pour ce délit, figurent notamment Marine Le Pen, Jean-Marie Le Pen, Wallerand de Saint-Just, Nicolas Bay et Louis Aliot. 

Faits divers impliquant des militants FN

En mai 1991, après un non-lieu rendu trois ans auparavant, Émilien Bonnal, un ancien policier municipal, candidat aux élections cantonales de 1985 puis tête de liste du Front national aux municipales de 1989 à Saint-Maximin-la-Sainte-Baume (Var), est inculpé d'homicide volontaire. En septembre 1985, il collait des affiches à Pourrières lorsqu’il fut interpellé par Abdallah Mokhtari, un homme de 23 ans d'origine algérienne et naturalisé français ; Émilien Bonnal se serait alors saisi d’un fusil à pompe caché dans son véhicule et aurait tiré une fois, blessant mortellement à la poitrine Abdallah Mokhtari. Le 21 février 1995, trois militants du Front national collent des affiches dans le quartier de la Savine, au nord de Marseille, dans le cadre de la campagne présidentielle de Jean-Marie Le Pen. Les colleurs croisent Ibrahim Ali, un jeune Marseillais d'origine comorienne, et l'abattent d'une balle dans le dos. Le procès, qui a lieu en juin 1998 à la cour d’assises d’Aix-en-Provence, établit que deux des trois militants du parti d’extrême droite étaient armés.

Robert Lagier, auteur du coup de feu mortel, écope de quinze ans de prison, tandis que Marc d’Ambrosio est condamné à dix ans d’emprisonnement et Pierre Gigilo à deux ans, dont un avec sursis. Les parties civiles obtiennent la qualification de crime raciste et la désignation du FN comme le protagoniste de cet assassinat. En 1997, lors d'une manifestation de jeunes opposants au Front national dans la banlieue de Strasbourg, quatre « frontistes », se faisant passer pour des policiers, plaquent certains d’entre eux sur leur voiture et les fouillent. Ces militants — trois membres du service d'ordre du FN et un conseiller régional — sont reconnus coupables par le tribunal correctionnel de Strasbourg d'« arrestation arbitraire » et d'« usurpation de fonction d'officier de police judiciaire », et condamnés à un an de prison avec sursis accompagné d'une interdiction de leurs droits civiques, civils, et de famille pendant deux ans. 

Finances

Sous Jean-Marie Le Pen

Financement par la secte Moon

La secte Moon cherchait à contrer l'idéologie communiste. Aux États-Unis, elle soutenait financièrement l'aile droite du Parti républicain. En France, dans les années 1980, elle décide de miser sur le Front national, et demande à l'un de ses membres, Pierre Ceyrac, d'intégrer le Front. En 1985, le colonel coréen Bo Hi Pak, un membre prestigieux de la secte Moon, rencontre Jean-Marie Le Pen à Saint-Cloud. Le courant passe. Bo Hi Pak a combattu le communisme en Corée, Jean-Marie Le Pen en Indochine. En 1986, Pierre Ceyrac devient député FN. Plusieurs moonistes deviendront des élus FN. Le Front aurait bénéficié à cette époque du soutien financier de la secte Moon, qui se chiffrerait en dizaines de millions de Francs. Jean-Marie Le Pen nie ces financements. Il reconnaît juste que la secte Moon lui a apporté un soutien logistique, les adeptes français de la secte s'étant notamment mobilisés pour le collage d'affiches. 

Accusation de financement par Omar Bongo

L'avocat franco-libanais controversé Robert Bourgi affirme que la campagne présidentielle de 1988 de Jean-Marie Le Pen a été financée par Omar Bongo, président de la République gabonaise de 1967 à 2009. Jean-Marie Le Pen reconnaît avoir rencontré Omar Bongo, mais nie tout financement de la part de celui-ci. 

Sous Marine Le Pen

Prêt par une banque russe

En novembre 2014, Mediapart revèle que Marine Le Pen a obtenu en septembre un prêt de neuf millions d'euros de la First Czech Russian Bank (FCRB), dont 2 millions d'ores et déjà versés. Fondé en Tchéquie et aujourd'hui basé à Moscou, l'établissement est dirigé par Roman Yakubovich Popov, un ancien chef du département financier de Stroytransgaz, leader dans la construction de gazoducs. Le député européen Jean-Luc Schaffhauser (Rassemblement bleu Marine) et le député russe Alexandre Babakov ont servi d'intermédiaires pour l'obtention de ce prêt. Marine Le Pen et Wallerand de Saint-Just, trésorier du FN, avaient précédemment expliqué que le Front national s'était tourné à contrecœur vers les banques étrangères après avoir essuyé un refus systématique des banques françaises, dans le contexte du rejet des comptes de campagne de Nicolas Sarkozy pour l'élection présidentielle de 2012. Jean-Luc Schaffhauser indique qu'« une structure proche de (lui) » a reçu 140 000 euros pour ce rôle d'intermédiaire. Mediapart considère que cette opération pose « la question de l'origine des fonds et d'une éventuelle ingérence étrangère dans la vie politique française », dans la mesure où cette banque est « de facto entre les mains d'un ancien cadre bancaire de l'État » russe. 

Marine Le Pen a confirmé l'information mais affirme qu'il ne s'agit en aucun cas d'un geste du Kremlin : « Ces insinuations sont outrancières et injurieuses. Au motif que l'on obtient un prêt, cela déterminerait notre position internationale ? Cela fait longtemps que nous sommes sur cette ligne [pro-russe] ». Au contraire, le journaliste Abel Mestre indique : « À Moscou, pas de doutes : personne n'imagine que ce prêt aurait été accordé sans un accord du Kremlin ». Fin décembre 2018, un article de The Washington Post révèle que la banque russe ayant accordé le prêt au FN est en liquidation depuis la fin de 2016. Toutefois avant d'être mise en liquidation la banque a cédé certaines de ses créances, dont celle sur le FN, qui aurait fini dans les mains de Aviazapchast, une société russe vendant des pièces de rechange aux acheteurs d'avions de combat d'origine russe et dont trois des quatre dirigeants seraient des anciens de l'armée rouge et de l'armée russe. La vente de cette créance est toutefois contestée devant les tribunaux russes par l'agence chargée de garantir les dépôts bancaires. 

Situation financière dégradée

Selon André Murawski, élu régional du FN ayant quitté le parti, l'endettement du RN a connu un accroissement de 785 % depuis l'arrivée de Marine Le Pen à sa tête. Il affirme qu'en 2017, « la dette du parti a ainsi atteint la somme record de 24 millions d’euros », et estime que son importance empêchera le RN de rembourser l'emprunt de 9,4 millions d’euros consenti par une banque russe qui vient à échéance en septembre 2019. D'après une enquête de Marine Turchi (Mediapart) réalisée en janvier 2020, les finances du Rassemblement national sont menacées par de mauvaises nouvelles :

  • d'abord, le parti doit rembourser une somme de 4,5 millions d'euros correspondant au reliquat d'un prêt accordé par Jean-Marie Le Pen via Cotelec, pour la campagne présidentielle de 2017 — le fondateur du Front national a saisi l'État afin de garantir le remboursement, qui devrait intervenir fin février début mars 2020, la créance s'imputant sur l'aide publique annuelle (d'environ 5,5 millions) versée au RN ;
  • par ailleurs, d'après plusieurs militants, le remboursement de la moitié des 9,4 millions d'euros empruntés à la Russie est dans le même temps réclamé ;
  • l'affaire Jeanne et celle des assistants parlementaires au Parlement européen menacent également les finances du Rassemblement national : pour la première affaire, la justice doit se prononcer en avril sur la demande de l'État qui réclame — au parti et aux prévenus — 11,6 millions d'euros au titre des dommages et intérêts ; quant au Parlement européen, le préjudice est estimé à 6,8 millions d'euros.

Selon les informations de Mediapart, le RN « cherche à se refinancer en trouvant d'autres prêts, pour épurer ses dettes et ré-échelonner ses remboursements ». Le niveau de l'endettement varie selon les sources de presse : environ vingt millions d'euros selon Mediapart, 25 millions pour L'Opinion et près de trente millions pour Le Figaro ; des chiffres contestés par Wallerand de Saint-Just qui avance une somme « de l’ordre de 16 ou 18 millions d’euros ». En février 2020, la Commission nationale des comptes de campagne (CNCCFP) constate finalement — « avec des pertes cumulées de 19,2 millions d’euros en sept ans » — une dette de 24,4 millions, ce qui, selon Libération, fait du RN « le parti le plus endetté de France ». En avril 2020, le Rassemblement national lance « un emprunt national auprès des Français », un « emprunt patriotique » prévoyant une participation individuelle à hauteur d'« au moins 1000 euros, avec un intérêt de 5 % ». La somme espérée de 25 millions devant en principe être utilisée pour financer les campagnes suivant les municipales de 2020 (départementales, régionales, présidentielle et législatives). 

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