Philipe Gérard

Publié le par Roger Cousin

Cadet de son frère Jean, Gérard naît à Cannes (Alpes-Maritimes), dans une famille aisée, de Marcel Philip (1893-1973) et de Marie Villette. Son père, avocat dans un cabinet de contentieux juridique, sera ensuite l'administrateur-gérant du Parc Palace Hôtel de Grasse. Il suit toute sa scolarité au lycée de l'Institut Stanislas de Cannes tenu par les marianistes où il est bon élève. Il y obtient, au début de la guerre, son baccalauréat.

 

Philipe Gérard

Inscrit à la faculté de droit à Nice en 1942, son père le destine à une carrière de juriste, mais, rencontrant de nombreux artistes réfugiés sur la Côte d'Azur, alors en zone libre depuis 1939, il décide de devenir comédien. Sa mère le soutient dans ce choix. Mais Marcel Philip, ancien membre des ligues fascistes des Croix de feu, admirateur de Doriot, héberge l'état-major mussolinien puis l'état-major nazi en 1942, dans son hôtel, mettant en danger sa famille. Plus tard pour se démarquer de son père, Gérard ajoute un « e » à son nom pour obtenir treize lettres avec son nom et son prénom, chiffre porte-bonheur.

En 1941, en compagnie de son amie Danièle Delorme il passe une audition devant le réalisateur Marc Allégret qui l’envoie prendre les cours d’art dramatique de Jean Wall et Jean Huet à Cannes. Le comédien Claude Dauphin le fait jouer au théâtre à partir de 1942 avec Une grande fille toute simple d’André Roussin au casino de Nice. En 1942, Marc Allégret l'engage pour une silhouette dans le film La Boîte aux rêves, réalisé par son frère Yves. En novembre de la même année, la zone libre est occupée par l’armée allemande. En 1943, la famille Philip s’installe rue de Paradis, dans le 10e arrondissement de Paris. Gérard s’inscrit au Conservatoire national supérieur d'art dramatique, suit les cours de Denis d'Inès puis de Georges Le Roy et obtient le second prix de comédie.

Membre des FFI, il participe à la Libération de Paris en 1944, alors que son père est un collaborateur notoire. Il contribue à la libération 3notamment l'Hôtel de Ville de Paris en août 1944 en compagnie de 30 personnes sous les ordres de Roger Stéphane. En 1943 Gérard Philipe obtient son premier succès et la célébrité à l’âge de vingt ans, en pleine Seconde Guerre mondiale, dans le rôle de l’ange du Sodome et Gomorrhe de Jean Giraudoux.

En 1942, il rencontre Nicole Navaux, une ethnologue épouse du diplomate François Fourcade. Ils se lient en 1946, se marient le 29 novembre 1951 à la mairie de Neuilly-sur-Seine après le divorce de Nicole. Il demande à son épouse de reprendre son premier prénom, Anne, qu'il trouve plus poétique. Ils ont deux enfants : Anne-Marie Philipe, née le 21 décembre 1954, devenue écrivain et comédienne elle aussi, et Olivier Philip, né 9 février 1956. Installés boulevard Inkerman à Neuilly, puis rue de Tournon à Paris en 1956, Anne et Gérard avec leurs enfants passent leurs vacances d’été à Ramatuelle, en Provence, dans une propriété de la famille d'Anne.

La notoriété de Gérard Philipe au théâtre et en tournée grandit encore grâce à la création de Caligula d’Albert Camus en 1945. Et le film Le Diable au corps de Claude Autant-Lara en 1947, où il est le partenaire de Micheline Presle, lui apporte la gloire au cinéma. Anne et Gérard Philipe deviennent tous deux compagnons de route du Parti communiste français. Acteur engagé, il est l'un des premiers à signer l'appel de Stockholm, en 1950, contre l’armement nucléaire en pleine guerre froide. Président du Syndicat français des artistes-interprètes (SFA) à partir de 1958, il se révèle un grand responsable syndical pour les métiers artistiques du cinéma et du théâtre. Toutefois, durant ces mêmes périodes, ces engagements ne l’empêchent pas de visiter très régulièrement Paul Marion, l’ancien ministre de l’Information de Vichy, à la prison centrale de Clairvaux où ce dernier purge sa peine.

En 1951 Jean Vilar qui vient de prendre la direction du Théâtre national populaire l'invite à intégrer sa troupe, et à jouer Le Prince de Hombourg de Kleist et Le Cid de Pierre Corneille ce qu'il accepte avec enthousiasme. Gérard assure ainsi un immense succès populaire au répertoire classique, à Paris, en tournée, au Festival d'Avignon . Il met lui-même en scène plusieurs pièces de Musset, et d'auteurs contemporains comme Henri Pichette et Jean Vauthier. De cette troupe composée de comédiens prestigieux, Philippe Noiret, Jeanne Moreau, Daniel Sorano entre autres, il dit : "... pour moi le TNP c'est chez moi, c'est ma maison".

Pour autant il ne délaisse pas le cinéma, en 1952 il joue le Fanfan du Fanfan la Tulipe de Christian-Jaque avec Gina Lollobrigida, qui lui vaut de devenir une « idole des jeunes » à travers le monde. Sa jeunesse, sa beauté et son charisme dans les films d'Yves Allégret, Christian-Jaque, Marcel Carné, Claude Autant-Lara, René Clair, René Clément, Luis Buñuel, Roger Vadim lui valent une renommée internationale. En 1959, le 25 novembre en pleine gloire et à l’apogée de sa popularité, alors qu'il vient de finir le tournage du film La fièvre monte à El Pao de Luis Buñuel au Mexique, il est emporté par un cancer du foie foudroyant à Paris, quelques jours avant son 37e anniversaire, plongeant dans la tristesse ses nombreux admirateurs. Conformément à ses dernières volontés, il est enterré, vêtu du costume de Don Rodrigue (Le Cid), dans le petit cimetière de Ramatuelle.

Le nom de Gérard Philipe a été donné à de très nombreuses rues (à Paris, Torcy, etc.), plusieurs théâtres dont le théâtre populaire d'Aubervilliers, le Centre dramatique national de Saint-Denis, les théâtres municipaux d’Orléans, de Montpellier, de Meaux, de Calais, de Champigny-sur-Marne, de Saint-Cyr-l’École, de Liège, de Saint-Jean-de-Maurienne, de Saint-Nazaire, etc.), des maisons de la culture, ainsi qu'à de nombreux établissements d'enseignement. Un timbre postal d’une valeur de 50 centimes, le représentant dans le rôle du Cid, est émis le 12 juin 1961 avec une oblitération premier jour le 10 à Cannes. Dans les années qui suivent le décès de son mari, Anne Philipe publie deux biographies intitulées Souvenirs (1960) et Le Temps d’un soupir (1964).

Filmographie

  • 1944 : Les Petites du quai aux fleurs de Marc Allégret : Jérôme Hardy
  • 1945 : Le Pays sans étoiles de Georges Lacombe : Simon Le Gouge et Frédéric Talacayud, clerc de notaire
  • 1945 : La Boîte aux rêves d’Yves Allégret et Jean Choux : une silhouette dans le film
  • 1945 : Schéma d'une identification, court métrage inédit d'Alain Resnais : Le viveur en smoking
  • 1946 : L’Idiot de Georges Lampin : Le prince Mnychkine, naïf d'esprit
  • 1946 : Ouvert pour cause d'inventaire, court métrage inédit d'Alain Resnais (semble perdu)
  • 1947 : Le Diable au corps de Claude Autant-Lara : François Jaubert
  • 1947 : La Chartreuse de Parme de Christian-Jaque : Le marquis Fabrice Del Dongo
  • 1947 : Les Dames du bois de Boulogne, court métrage de Jacques Loew : commentaire
  • 1948 : Une si jolie petite plage d’Yves Allégret : Pierre Monet, le voyageur
  • 1948 : Tous les chemins mènent à Rome de Jean Boyer : Gabriel Pégase, géomètre
  • 1949 : La Beauté du diable de René Clair : Henri et Faust, jeune
  • 1949 : Visite à Picasso, court métrage documentaire de Paul Haesaerts : récitant du film
  • 1950 : Souvenirs perdus de Christian-Jaque : Gérard de Narcay, le fou évadé de l’asile
  • 1950 : Juliette ou la Clé des songes de Marcel Carné : Michel, le rêveur qui recherche Juliette
  • 1950 : La Ronde de Max Ophüls : Le comte
  • 1950 : Saint-Louis, ou L'Ange de la paix, court métrage, documentaire de Robert Darène : commentaire
  • 1950 : La paix vaincra, documentaire polonais de Joris Ivens : commentaire de la version française
  • 1950 : Avec André Gide, documentaire de Marc Allégret : commentaire
  • 1951 : Avignon, bastion de la Provence, court métrage de James Guenet : lui-même
  • 1951 : Vedettes sans maquillage, court métrage de Jacques Guillon : G. Philipe tient son propre rôle
  • 1951 : Fanfan la Tulipe de Christian-Jaque : Fanfan la Tulipe
  • 1951 : Les Sept Péchés capitaux, sketch Le Huitième péché de Georges Lacombe : Le bonimenteur et le peintre
  • 1951 : Fêtes galantes : Le peintre Watteau, court métrage, documentaire de Jean Aurel : commentaire
  • 1952 : Les Belles de nuit de René Clair : Claude, obscur compositeur de musique
  • 1952 : Les Amants de la villa Borghèse, sketch La Rupture de Gianni Franciolini : Le beau jeune homme sur le banc
  • 1953 : Les Orgueilleux d’Yves Allégret : Georges, ancien médecin alcoolique
  • 1953 : Monsieur Ripois de René Clément : Mr André Ripois, mari de Catherine
  • 1953 : Si Versailles m'était conté... de Sacha Guitry : D'Artagnan
  • 1954 : Le Rouge et le Noir de Claude Autant-Lara : Julien Sorel
  • 1954 : Forêt sacrée, court métrage, documentaire de Pierre-Dominique Gaisseau : commentaire
  • 1955 : Sur les rivages de l'Ambre, court métrage, documentaire de Jerzy Kalin : commentaire
  • 1955 : Les Grandes Manœuvres de René Clair : Armand de La Verne, lieutenant des dragons
  • 1955 : Si Paris nous était conté de Sacha Guitry : Le chanteur des rues
  • 1955 : La Meilleure Part d’Yves Allégret : Philippe Perrin, l’ingénieur sur le barrage
  • 1956 : Les Aventures de Till l’Espiègle de Gérard Philipe et Joris Ivens : Till l’Espiègle
  • 1956 : Le Théâtre national populaire, court métrage de Georges Franju : lui-même
  • 1957 : Montparnasse 19 de Jacques Becker : Amédéo Modigliani, artiste peintre
  • 1957 : Pot-Bouille de Julien Duvivier : Octave Mouret, premier commis de « Au bonheur des dames »
  • 1958 : La Vie à deux de Clément Duhour : Désiré, le valet de chambre
  • 1958 : Le Joueur de Claude Autant-Lara : Alexei Ivanovitch, le jeune Moscovite
  • 1959 : Les Liaisons dangereuses 1960 de Roger Vadim : Le vicomte de Valmont
  • 1959 : La fièvre monte à El Pao de Luis Buñuel : Ramon Vasquez

Théâtre

  • 1942 : Une grande fille toute simple d'André Roussin, casino de Nice : Mick
  • 1942 : Sodome et Gomorrhe de Jean Giraudoux, mise en scène Georges Douking, Théâtre Hébertot : l'Ange
  • 1943 : Une jeune fille savait d'André Haguet, tournée Rasimi
  • 1944 : Au petit bonheur de Marc-Gilbert Sauvajon, mise en scène Pasquali, Théâtre Gramont
  • 1945 : Fédérigo de René Laporte d'après la nouvelle de Prosper Mérimée, Théâtre des Mathurins : prince blanc
  • 1945 : Caligula d'Albert Camus, mise en scène Paul Œttly, Théâtre Hébertot : Caligula
  • 1947 : Les Épiphanies d'Henri Pichette, mise en scène Georges Vitaly, Théâtre des Noctambules : le Poète
  • 1948 : K.M.X labrador de et mise en scène Jacques Deval, Théâtre de la Michodière : Harold Britton
  • 1949 : Le Figurant de la gaité d'Alfred Savoir, Théâtre Montparnasse : rôle à transformations
  • 1951 : Le Cid de Pierre Corneille, mise en scène Jean Vilar, Festival d'Avignon, Théâtre de la Cité Jardins Suresnes : Rodrigue
  • 1951 : Le Prince de Hombourg d'Heinrich von Kleist, mise en scène Jean Vilar, Festival d'Avignon : Prince Frédéric
  • 1951 : La Calandria de Bernardo Dovizi da Bibbiena, mise en scène René Dupuy, Festival d'Avignon : Artemona, une courtisane
  • 1951 : Mère Courage de Bertolt Brecht, mise en scène Jean Vilar, Théâtre de la Cité Jardins Suresnes : Eilif, l'un des fils
  • 1952 : Le Cid de Pierre Corneille, mise en scène Jean Vilar, Théâtre des Champs-Élysées : Rodrigue
  • 1952 : Le Prince de Hombourg d'Heinrich von Kleist, mise en scène Jean Vilar, Théâtre des Champs-Élysées, Festival d'Avignon : Prince Frédéric
  • 1952 : Lorenzaccio d’Alfred de Musset, mise en scène Gérard Philipe, Festival d'Avignon : Lorenzo de Médicis
  • 1952 : Nucléa d'Henri Pichette, mise en scène Gérard Philipe & Jean Vilar, TNP Théâtre de Chaillot : le poète Tellur
  • 1952 : La Nouvelle Mandragore de Jean Vauthier d'après Machiavel, mise en scène Gérard Philipe, TNP Théâtre de Chaillot : Callimaque
  • 1953 : Richard II de William Shakespeare, TNP Théâtre de Chaillot : Richard II
  • 1954 : Ruy Blas de Victor Hugo, mise en scène Jean Vilar, Théâtre de Chaillot TNP : Ruy Blas
  • 1956 : Le Prince de Hombourg d'Heinrich von Kleist, mise en scène Jean Vilar, Festival d'Avignon TNP : Prince Frédéric
  • 1958 : Les Caprices de Marianne d’Alfred de Musset, Festival d'Avignon, TNP Théâtre de Chaillot : Octave
  • 1958 : Lorenzaccio d’Alfred de Musset, mise en scène Gérard Philipe, Festival d'Avignon TNP, Broadway Theatre : Lorenzo de Médicis
  • 1958 : Le Cid de Pierre Corneille, mise en scène Jean Vilar, Broadway Theatre : Rodrigue
  • 1959 : On ne badine pas avec l'amour d'Alfred de Musset, mise en scène René Clair, TNP Théâtre de Chaillot : Perdican

Publié dans Acteurs et Actrices

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