Gauthier Jacqueline

Publié le par Mémoires de Guerre

Jacqueline Gauthier est une actrice française née à Paris (10e) le 7 octobre 1921 et morte à Paris (18e) le 18 septembre 1982. 

Gauthier Jacqueline
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Gauthier Jacqueline

Carrière

Entre Jacqueline Gauthier et le cinéma, il y a toujours eu un malentendu. Tout de suite, la mignonne comédienne a été cataloguée dans des rôles comiques de jeunes femmes écervelées, piquantes et superficielles dans de nombreuses farces musicales ou non tournées pendant l‘occupation et l‘immédiat après-guerre. Prisonnière de rôles qui ne lui convenaient guère, l’actrice a très tôt manifesté son mécontentement…sans jamais avoir gain de cause. C’est finalement au théâtre que Jacqueline Gauthier a rencontré la notoriété et la possibilité d’aborder des personnages différents, même si elle fut toujours habitée par une insatisfaction certaine.

Née en 1918 à Paris, Jacqueline Gauthier a très tôt été attirée par la comédie ; dès l’âge de 15 ans, elle passe une audition auprès de Louis Jouvet pour le pole d’Agnès dans l’école des fans. Mais le célèbre acteur la rejette catégoriquement « aucune chance d’être une ingénue. Peut être plus tard le genre Spinelly ou encore Arletty. Je ne peux rien vous apprendre! ». Recalée trois fois au conservatoire, à force de persévérance, Jacqueline est enfin retenue. Elle fait ses classes au cours Simon au coté de nombreux artistes en herbe tels que Daniel Gélin, Sophie Desmarets ou Louis de Funès. Finalement, elle remplace Alice Cocéa au théâtre du Gymnase dans Histoire de rire et devient célèbre du jour au lendemain. Abel Gance lui propose alors un rôle important dans l’opérette de Charpentier Louise avec Grâce Moore et George Thill…mais la plupart de ses scènes finiront coupées au montage. Pendant la guerre, Jacqueline va toutefois beaucoup tourner pour le cinéma, mais la plus souvent dans des films médiocres qui ne la mettent guère en valeur.

Elle est souvent la partenaire des chanteurs à succès du moment, notamment du grand Charles Trenet dans Frédérica (1943), platement mis en scène par Jean Boyer sur un scénario stupide ou du populaire Tino Rossi dans la sérénade aux nuages (1946) réalisée par André Cayatte qui relève le niveau. Toujours pour Cayatte, Jacqueline joue dans Au bonheur des dames, une adaptation très réussie du roman de Zola, et probablement un de ses meilleurs films, même si son rôle est très secondaire. Feu Nicolas (1943) farce pourtant poussive et ridicule avec fantômes en goguette sera un gros succès commercial en raison de la présence de Rellys, comédien attachant qui eut son heure de gloire au milieu des années 40. On se souvient davantage des amours de Casanova, un des films les plus populaires du chanteur Georges Guétary où Jacqueline figure parmi les conquêtes du séducteur.

Enfin, la comédie musicale Une nuit à Tabarin (1947), réalisé par un vieux routier du cinéma de divertissement le tchèque Karel Lamac (qui lança sa compagne Anny Ondra), est un très gros succès commercial. Avec ce succès personnel (Jacqueline, rayonnante, figure au sommet de l’affiche devant Robert Dhéry) qui curieusement n’a jamais fait l’objet de réédition en VHS ni DVD (et que ma mère avait adiré quand elle l'avait vu , enfant, à sa sortie), Jacqueline est à la croisée des chemins. Courageusement, elle entend profiter de ce succès personnel pour tenter de donner un tournant à sa carrière, imposer ses choix et rejeter les « personnages de jolies femmes fantaisistes et sans tête » qui lui sont proposés. N’a-t-elle pas déjà prouvé sur les planches, qu’elle pouvait tenir des rôles dramatiques (Marché noir)? Jacqueline va attendre pendant deux ans , en refusant de nombreuses propositions, lassée de cet « éternel féminin vu par le petit bout de la lorgnette ». A un moment Henri Diamant Berger envisage de lui confier le rôle de la directrice dans la maternelle, refusé par Annie Ducaux, mais recule devant la perplexité des producteurs (Marie Déa héritera du rôle). On parle également d’un film policier « Pont l’abîme », qui lui tient à cœur et qui ne verra jamais le jour.

Le journal L’écran français souhaiterait la voir diriger par Jacques Becker ou Autant-Lara…. Que de rêves perdus. Finalement, Jacqueline fera une piteuse rentrée à l’écran dans une comédie légère comme elle les déteste et fort mauvaise , Ève et le serpent. Par curiosité, on aimerait quand même revoir l’extravagante Théodora adaptation filmée d’une comédie boulevard qu’elle avait testé auparavant sur les planches avec Georges Rollin (avec lequel elle aura une liaison passionnée et contrariée), ne serait ce que pour comparer avec la version américaine où Irène Dunne tenait le rôle principal. En 1950, Jacqueline est vedette d'un musical "Ils ont 20 ans" avec Philippe Lemaire, tout juste sorti du triomphe de "nous irons à Paris".

Lasse de ne rien trouver de convenable au cinéma, Jacqueline va uniquement se consacrer au théâtre et à la radio où elle chante à l’occasion. Comparée à Gaby Morlay , Jacqueline Gauthier devient une des comédiennes les plus prisées du théâtre de boulevard. En 1959, elle triomphe avec Michel Roux dans l’effet Glapion d’Audiberti, une pièce un peu plus recherchée que les vaudevilles de base dans lesquelles on la cantonne. Outre les pièces d’André roussin on retiendra surtout sa prestation dans 40 carats de barillet et Gredy qui lui vaut encore un triomphe en 1967 (la pièce sera adaptée à l’écran avec Gene Kelly et Liv Ullman). Désormais blonde, Jacqueline Gauthier enchaîne les pièces de boulevard, souvent diffusées dans « au théâtre ce soir ». Mais le cœur n’y est plus. Vaincue par la solitude, la peur de la vieillesse et des revers de fortune , l’actrice se suicide en 1982. La nouvelle de sa mort sera complètement occultée par le décès accidentel de Grace de Monaco. Lyliane Grandjean lui a consacré une biographie aux éditions de l’amandier.

Filmographie

Théâtre

  • 1938 : Watteau de Marcelle Satias, théâtre Raymond-Duncan
  • 1938 : La Belle au bois dormait encore de Pol Eber, Moulin-Vert
  • 1938 : Le Coup de Trafalgar de Roger Vitrac, mise en scène Sylvain Itkine, théâtre des Ambassadeurs
  • 1938 : Femmes de Clare Boothe, adaptation Jacques Deval, mise en scène Jane Marnac et Juliette Delannoy, théâtre Pigalle
  • 1939 : Histoire de rire d'Armand Salacrou, mise en scène Alice Cocéa, théâtre des Ambassadeurs
  • 1941 : La Tante Anna de Jacques Richard et André Saudemont, théâtre de l'Étoile
  • 1941 : La Nuit de printemps de Pierre Ducrocq, mise en scène de l'auteur, théâtre Saint-Georges
  • 1941 : Marché noir de Steve Passeur, mise en scène Camille Corney, théâtre Édouard VII
  • 1941 : Tout n'est pas noir d'André Birabeau, mise en scène Robert Blome, théâtre Daunou
  • 1942 : Dans sa candeur naïve de Jacques Deval, mise en scène Marcel Vergne, théâtre Daunou
  • 1942 : Son voile qui volait de V Solt et Bekely, adaptation Michèle Lahaye, théâtre Antoine
  • 1943 : Rêves à forfait de Marc-Gilbert Sauvajon, théâtre Daunou
  • 1943 : Moumou de Jean de Letraz, théâtre du Palais-Royal
  • 1946 : Bonne Chance Denis de Michel Duran, mise en scène Raymond Rouleau, théâtre de l'Œuvre
  • 1948 : L'Extravagante Théodora de Jean de Létraz, mise en scène de l'auteur, théâtre des Capucines
  • 1949 : L'École des dupes d'André Roussin, mise en scène de l'auteur, théâtre de la Michodière
  • 1950 : Mon bébé de Maurice Hennequin d'après Baby mine de Margaret Mayo, mise en scène Christian-Gérard, théâtre de la Porte-Saint-Martin
  • 1950 : Pourquoi pas moi d'Armand Salacrou, mise en scène Jacques Dumesnil,théâtre Édouard VII
  • 1950 : L'Amour truqué de Paul Nivoix, mise en scène Jacques Charon, théâtre de la Potinière
  • 1951 : Guillaume le confident de Gabriel Arout, mise en scène Pierre Dux, théâtre de Paris
  • 1951 : La Main de César d'André Roussin, mise en scène de l'auteur, théâtre des Célestins puis théâtre de Paris
  • 1952 : Beaufils et Fils de Raoul Praxy, mise en scène Jacques Dumesnil, théâtre de la Potinière
  • 1952 : Félix d'Henri Bernstein, mise en scène de l'auteur, tournée Karsenty et théâtre des Célestins
  • 1953 : La Reine blanche de Pierre Barillet et Jean-Pierre Grédy, mise en scène Jean Meyer, théâtre Michel
  • 1954 : Le Mari, la Femme et la Mort d'André Roussin, mise en scène Louis Ducreux, théâtre des Ambassadeurs puis théâtre des Célestins ; reprise en 1956
  • 1956 : Le Prince endormi de Terence Rattigan, mise en scène Georges Vitaly, théâtre de la Madeleine
  • 1957 : Ne quittez pas… de Marc-Gilbert Sauvajon et Guy Bolton, mise en scène Marc-Gilbert Sauvajon, théâtre des Nouveautés
  • 1957 : L'École des cocottes de Paul Armont et Marcel Gerbidon, mise en scène Jacques Charon, théâtre des Arts
  • 1958 : Les Pieds au mur de Jean Guitton, mise en scène Jean de Létraz, théâtre du Palais-Royal
  • 1958 : La Petite Hutte d'André Roussin, mise en scène de l'auteur, théâtre La Bruyère puis théâtre des Célestins et tournée Baret
  • 1959 : L'Effet Glapion de Jacques Audiberti, mise en scène Georges Vitaly, théâtre La Bruyère
  • 1959 : Mon ange de Solange Térac, mise en scène René Clermont, Comédie-Wagram
  • 1960 : L'Effet Glapion de Jacques Audiberti, mise en scène Georges Vitaly, Théâtre royal du Parc, reprise au Théâtre La Bruyère en 19661
  • 1960 : Le Mariage de Monsieur Mississippi de Friedrich Dürrenmatt, mise en scène Georges Vitaly, théâtre La Bruyère
  • 1961 : La Coquine d'André Roussin, mise en scène Jean Meyer, théâtre du Palais-Royal
  • 1963 : La Crécelle de Charles Dyer, mise en scène Michel Fagadau, théâtre de la Gaîté-Montparnasse ; tournée en 1965
  • 1967 : La Vie sentimentale de Louis Velle, mise en scène Michel Fagadau, théâtre des Ambassadeurs
  • 1967 : La locandiera de Carlo Goldoni, Festival de Vaison-la-Romaine
  • 1967 : Quarante carats de Pierre Barillet et Jean-Pierre Grédy, mise en scène Jacques Charon, théâtre de la Madeleine
  • 1968 : La Mégère apprivoisée de William Shakespeare
  • 1969 : Occupe-toi d'Amélie de Georges Feydeau, mise en scène Jacques Charon, théâtre de la Madeleine
  • 1971 : La Logeuse de Jacques Audiberti, mise en scène Georges Vitaly, théâtre La Bruyère
  • 1972 : Rendez-vous au plaza de Neil Simon, mise en scène Emilio Bruzzo, théâtre Saint-Georges
  • 1973 : La Reine de Césarée de Robert Brasillach, mise en scène Jean-Laurent Cochet, théâtre Moderne
  • 1974 : Le Mari, la Femme et la Mort d'André Roussin, mise en scène Louis Ducreux, théâtre Antoine puis théâtre des Célestins et tournée Herbert-Karsenty
  • 1975 : La Balance de Claude Reichman, mise en scène René Clermont, théâtre Fontaine
  • 1976 : Le Séquoïa de George Furth, mise en scène Jacques Mauclair, théâtre de l'Athénée
  • 1977 : De qui sont-ce les manches ? de Jean-Jacques Varoujean, mise en scène Roland Monod, Petit Odéon
  • 1978 : Boulevard Feydeau : Feu la mère de madame et On purge bébé de Georges Feydeau, mise en scène Raymond Gérome, théâtre des Variétés
  • 1979 : Comédie pour un meurtre de Jean-Jacques Bricaire et Maurice Lasaygues, mise en scène Dominique Nohain, théâtre Tristan-Bernard
  • 1979 : Remarie-moi de Nicole de Buron, mise en scène Michel Roux, théâtre Daunou
  • 1980 : Sacrée Famille de Sandro Key-Aberg, adaptation Maurice Gravier et Jacques Robnard, mise en scène André Villiers, théâtre en Rond
  • 1980 : Reviens dormir à l'Élysée de Jean-Paul Rouland et Claude Olivier, mise en scène Michel Roux, Comédie-Caumartin ; reprise en tournée en 1982

Télévision

  • 1968 : Au théâtre ce soir : La Coquine d'André Roussin, mise en scène Bernard Dhéran, réalisation Pierre Sabbagh, théâtre Marigny
  • 1970 : Au théâtre ce soir : Le Mari, la Femme et la Mort d'André Roussin, mise en scène Raymond Rouleau, réalisation Pierre Sabbagh, théâtre Marigny
  • 1976 : Au théâtre ce soir : Une femme presque fidèle de Jacques Bernard, mise en scène Jacques Mauclair, réalisation Pierre Sabbagh, théâtre Édouard VII
  • 1977 : Au théâtre ce soir : Le Séquoïa de George Furth, mise en scène Jacques Mauclair, réalisation Pierre Sabbagh, théâtre Marigny
  • 1978 : Au théâtre ce soir : Le Sac d'André Lang, mise en scène Jacques Ardouin, réalisation Pierre Sabbagh, théâtre Marigny
  • 1980 : Au théâtre ce soir : Comédie pour un meurtre de Jean-Jacques Bricaire et Maurice Lasaygues, mise en scène Dominique Nohain, réalisation Pierre Sabbagh, théâtre Marigny

Publié dans Acteurs et Actrices

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