Saint-Laurent Yves

Publié le par Roger Cousin

Yves Henri Donat Mathieu-Saint-Laurent, dit Yves Saint Laurent (1er août 1936, Oran, Algérie française - 1er juin 2008, Paris), est un grand couturier français dont les collections de haute couture font partie de l'histoire du XXe siècle. 

Saint-Laurent YvesSaint-Laurent Yves

Après avoir travaillé pour la maison Christian Dior à la fin des années 1950, il décide de créer, en association avec Pierre Bergé, une maison de couture, dont la première collection sera présentée en 1962. Yves Saint Laurent inventera le vestiaire de la femme moderne en créant notamment le caban, la saharienne, le trench-coat, popularisant le smoking, le tailleur pantalon, le jumpsuit. Yves Saint-Laurent passe toute sa jeunesse en Algérie. Son père, Charles Mathieu-Saint-Laurent (1909-1988), fut président d'une compagnie d'assurances et propriétaire d'une chaîne de salles de cinéma. Il était le descendant de Laurent Mathieu (dit Saint Laurent), baron de Mauvières (1787-1868), qui officia au mariage de Napoléon Bonaparte et Joséphine de Beauharnais.

Sa mère, Lucienne Wilbaux (1914-2010), fille de l'ingénieur Edmond Wilbaux et de Marianne Emilie Muller, lui donne le goût de la mode et de l'esthétisme. Yves est l'aîné de deux sœurs, Michèle et Brigitte. En 1955, après un court séjour à l’école de la Chambre syndicale de la haute couture à Paris, Michel de Brunhoff, directeur de Vogue Paris, le présente à Christian Dior, qui l’engage aussitôt comme assistant. À la mort de ce dernier en 1957, Saint-Laurent prend la direction artistique de la maison Dior. Il présente sa première collection, dite « Trapèze », en janvier 1958, qui connaît un immense succès. Il sera l'auteur, en haute couture, du blouson noir et du look beatnik. Appelé à faire son service militaire et hospitalisé au Val de Grâce pour dépression, il est licencié par la maison Christian Dior en 1960 et remplacé par Marc Bohan.

Yves Saint Laurent décide, en association avec Pierre Bergé qu’il a rencontré en 1958, de créer sa propre maison de couture, grâce au soutien financier du milliardaire américain J. Mack Robinson. La première collection est présentée le 29 janvier 1962 au 30 bis, rue Spontini à Paris; ils y resteront douze années pendant lesquelles Yves Saint Laurent inventera le vestiaire de la femme moderne : le caban et le trench-coat dès 1962, le premier smoking en 1966, la saharienne et le premier tailleur-pantalon en 1967, les premières transparences et le premier jumpsuit en 1968... En se servant des codes masculins, il apporte aux femmes l’assurance, l’audace et le pouvoir, tout en préservant leur féminité.

Saint Laurent souhaite habiller toutes les femmes, et non seulement les riches clientes haute couture : sa boutique Saint Laurent rive gauche, créée en 1966 à Paris, est la première boutique de prêt-à-porter portant le nom d’un couturier, et ouvre la voie à ce qu’est devenue la mode aujourd’hui. Les collections, dessinées spécifiquement pour le prêt-à-porter, sont réalisés par un industriel extérieur. Le succès est immédiat : des boutiques ouvrent partout en France, à New-York en 1968, à Londres en 1969, la même année que la première boutique homme. Depuis la fin des années 1950, et tout au long de sa carrière, Yves Saint Laurent créé des costumes pour le théâtre, le ballet et le cinéma. Il collabore avec Roland Petit dès 1959 en dessinant les costumes du ballet Cyrano de Bergerac, puis avec Claude Régy, Jean-Louis Barrault, Luis Buñuel, François Truffaut, Alain Resnais (Stavisky, 1974)... et habille Jean Marais, Zizi Jeanmaire, Arletty, Jeanne Moreau, Claudia Cardinale (La panthère rose, 1963) Isabelle Adjani, Catherine Deneuve, avec qui il tisse une amitié fidèle, et qu'il appelle son « porte bonheur ».

Il est un des premiers créateurs à faire défiler des mannequins noires dont Katoucha Niane, Rebecca Ayoko et Iman. Ses autres égéries sont Betty Catroux, qui fut l'un de ses premiers mannequins et dont il se sentait le jumeau (il est le parrain de sa fille Claude), Loulou de la Falaise ou l'actrice Talitha Pol-Getty. Parmi les plus fameuses ambassadrices de la marque auprès de la jet-set et de la bourgeoisie des années 1970 au début des années 1980, on compte les femmes du monde Nan Kempner et Diane Boulting-Casserley Vandelly. En 1974 Saint Laurent et Bergé installent la maison de couture au 5, avenue Marceau à Paris, où Saint Laurent affirmera son style. Dans ses collections de haute couture, il rend hommage aux artistes, dès 1965 avec les célèbres robes Mondrian, puis en 1966 avec ses robes pop art et son hommage important à l’Afrique en 1967. Dans les années 1970, il présente des collections-hommage à Picasso et à Diaghilev, et des hommages à Matisse, Cocteau, Braque, Van Gogh, Apollinaire, dans les années 1980.

Saint Laurent a l’habitude de venir à Marrakech le 1er décembre et le 1er juin de chaque année dessiner sa collection de haute couture pendant quinze jours. Le Maroc, qu’il a découvert en 1966, aura une grande influence sur son travail et ses couleurs, tout comme ses voyages imaginaires : le Japon, l’Inde, la Russie, la Chine, l’Espagne sont autant de sources d’inspirations pour ses collections. En 1980, il rachète avec Pierre Bergé le jardin Majorelle, un jardin botanique de Marrakech créé par le peintre français Jacques Majorelle, qu'ils ouvrent au public. Le Metropolitan Museum of Art de New-York lui consacre une rétrospective en 1983 : c’est la première fois qu’un créateur de mode vivant expose dans ce musée. De grandes expositions seront présentées par la suite à Pékin, Moscou, Sydney, Tokyo et bien entendu à Paris, au musée des Arts de la Mode, en 1986. En 1990, une collection intitulée « Hommages » est réalisée autour de célébrités comme Marylin Monroe, Catherine Deneuve, Zizi Jeanmaire, Marcel Proust ou Bernard Buffet.

En 1998 Saint Laurent met en scène trois cents mannequins sur la pelouse du Stade de France à l’occasion de la Coupe du monde de football. Le 7 janvier 2002, il annonce lors d’une conférence de presse qu’il met fin à sa carrière. Le 22 janvier suivant, au Centre Pompidou, un défilé rétrospectif retrace quarante années de création en plus de 300 modèles, dont sa dernière collection Printemps-été 2002. Saint Laurent se consacre désormais aux activités de la Fondation Pierre Bergé - Yves Saint Laurent, créée en 2002. Le 1er juin 2008, Saint Laurent meurt à son domicile parisien, dans sa soixante-douzième année. Ses obsèques sont célébrées à l'église Saint-Roch, durant lesquelles Pierre Bergé prononce un discours, en présence de la mère du défunt et de nombreuses personnalités de la mode, des médias et de la politique, dont Catherine Deneuve et Laetitia Casta, le Président de la République Nicolas Sarkozy et son épouse Carla Bruni, ainsi que de Bernadette Chirac et Farah Pahlavi (veuve du Shah d'Iran). Parmi les personnalités de la mode figurent des créateurs (Jean Paul Gaultier et Valentino), ainsi que des industriels (Bernard Arnault et François Pinault). Ses cendres furent déposées dans sa villa de Marrakech au cœur du jardin Majorelle.

En 1993, le groupe Yves Saint Laurent est cédé à Sanofi. Yves Saint Laurent et Pierre Bergé gardent cependant le contrôle de la maison de couture, hors parfums et cosmétiques. En 1998, Saint Laurent cesse de dessiner les collections de prêt-à-porter rive gauche. Alber Elbaz le remplace en tant que directeur artistique du prêt-à-porter féminin et Hedi Slimane du prêt-à-porter masculin. Tous deux ne signèrent que très peu de collections sous l'étiquette Saint Laurent rive gauche. En effet, Elf-Sanofi revend en 1999 le groupe Yves Saint Laurent au groupe Gucci. François Pinault (PPR) imprime sa marque en nommant l'américain Tom Ford directeur artistique du prêt-à-porter. La haute couture est séparée et devient propriété de François Pinault par l'intermédiaire de sa holding Artemis. Tom Ford sera remplacé par Stefano Pilati en 2004, puis Hedi Slimane en 2012. Suite au rachat, Saint Laurent et Bergé conservent le contrôle exclusif de la partie haute couture de la maison. Ainsi, lorsqu’Yves Saint Laurent décide de se retirer en 2002, la maison de haute couture ferme ses portes. Aucun autre couturier ne le remplacera. La Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent est créée la même année et ouvre ses portes en 2004 dans l’ancien hôtel particulier de l’avenue Marceau qu’occupait la maison de haute couture. Elle a pour objectif de faire rayonner l’œuvre d’Yves Saint Laurent, en France et à l’étranger.

En 2008, le groupe Gucci cède la partie parfums et cosmétiques à L’Oréal et ne conserve que la partie prêt-à-porter. La Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent, qui est reconnue d’utilité publique le 5 décembre 2002, a pour mission la conservation des 5 000 vêtements haute couture et 150 000 accessoires, croquis et objets divers qui en constituent le fonds, l’organisation d’expositions thématiques de mode, peinture, photographie, arts décoratifs etc., et le soutien d’activités culturelles et éducatives. Le 10 mars 2004, la Fondation ouvre ses portes au public avec l’exposition Yves Saint Laurent, Dialogue avec l’Art, qui sera accueillie par la Fondation Caixa Galicia en Espagne en 2007. La rétrospective Yves Saint Laurent Style est présentée en 2008 au Musée des Beaux-Arts de Montréal, puis au de Young Museum de San Francisco. Depuis son ouverture, la Fondation aura organisé six expositions consacrées à Yves Saint Laurent, ainsi que des expositions aussi diverses que Les Fables de La Fontaine de Robert Wilson, les travaux photographiques d'André Ostier ou de David Seidner, des expositions de costumes marocains, russes ou indiens, une exposition sur le décorateur Jean-Michel Frank ou sur le thème de la Vanité en peinture. À l'automne 2010, la Fondation exposa les dessins sur iPhone et iPad de l'artiste britannique David Hockney.

Une exposition sur la photographe Gisèle Freund sera présentée à la Fondation du 14 octobre 2011 au 29 janvier 2012. En 2010, la Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent organise une grande rétrospective de l’œuvre d’Yves Saint Laurent, présentée au Petit Palais à Paris, et dont l’itinérance est prévue à travers le monde. « Je ne collectionne pas, j'accumule. Ce sont des pulsions naturelles (…). J'ai de la chance : j'ai souvent trouvé les plus beaux objets en passant, la nuit, devant une vitrine. » — Yves Saint Laurent, Vogue Décoration, 1986

En février 2009, une vente aux enchères organisée par les maisons Christie's et Pierre Bergé & Associés, sous la nef du Grand Palais, disperse 733 objets rassemblés par Pierre Bergé et Yves Saint Laurent, parmi lesquels des peintures de Picasso, Matisse, Mondrian, Léger, des sculptures antiques égyptiennes, des objets d'art dont notamment un très bel ensemble d'émaux de Limoges de la Renaissance. Les deux hommes commencèrent à collectionner des œuvres d'art dans les années 1950. À la disparition d'Yves Saint Laurent, Pierre Bergé ne voit plus de raison de conserver leur collection car, sans Saint Laurent « cela a perdu une grande part de sa signification .

Avant le commencement de la dispersion, le gouvernement chinois tenta de stopper la vente de deux statues chinoises du XIXe siècle, créées à la demande de la Chine par le jésuite Giuseppe Castiglione pour être placées sur une fontaine dessinée par le Français Benoist. Ces dernières ont été volées dans l'ancien palais d'été par les forces françaises et britanniques durant la seconde guerre de l'opium, en 1860. Un juge français rejeta la demande. Les sculptures, une tête de rat et une tête de lapin, ont été vendues pour un total de 31 400 000 euros. Mais on apprit plus tard que l'enchère a été placée par Cai Mingchao, un représentant du fonds du trésor national chinois qui souhaitait rapatrier les statues sans les payer.

Sur le premier jour de la vente, une œuvre d'Henri Matisse représentant Les Coucous sur un tapis bleu et rose (1911), sous laquelle le couturier s'est fait photographier pour Vogue en 1986, brisa le précédent record du monde pour une œuvre du peintre, pour un montant de 32 millions d'euros. Le résultat de cette vente, d'un montant de près de 375 millions d’euros, est destiné en partie à la Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent et à la recherche contre le SIDA.

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